Généalogie : retrouver un volontaire ou un réquisitionnaire de la Révolution

Durant la Révolution, les levées de volontaires, mais également la désignation des réquisitionnaires, s’opérèrent à l’échelon communal  – plus rarement cantonal -,  à la suite d’un arrêté du département et/ou du district.

Enrôlement des volontaires 1792 Gouache Lesueur Carnavalet
Enrôlement des volontaires à Paris, septembre 1792 – Gouache de la série dite « de Lesueur », Collections du Musée Carnavalet/Histoire de Paris.  

De fait, il convient de se rendre aux Archives Municipales afin de retrouver les listes ou les registres d’engagement des volontaires (séries H ou Rév.), ainsi que les délibérations concernant ces levées (registres de délibérations municipaux, rassemblés en série D). De même, il faut rechercher les listes de secours aux parents des « Défenseurs de la Patrie » (aux Archives Municipales, mais également aux Archives Départementales).

Ensuite, il est nécessaire de vous rendre aux Archives Départementales : cette étape vous permettra de mieux connaître la destinée du volontaire ou du réquisitionnaire étudié. Consultez-y la série L : les archives ayant trait aux affaires militaires du département, celles des districts et des municipalités, ou encore les registres des comités de surveillance, recèlent en effet pléthore de renseignements. En compulsant la série R, vous pourrez également découvrir de précieuses informations ayant notamment trait au devenir du soldat sous le 1er Empire.

Enfin, lorsqu’il s’agira de cerner finement le parcours du volontaire aux armées, un détour par le Service Historique de la Défense (Vincennes) constituera une étape obligatoire : vous y consulterez les registres des bataillons de volontaires. Afin d’optimiser les résultats de recherche, connaître le nom et le numéro du bataillon s’avère cependant impératif.

Bonnes recherches !

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Bientôt du nouveau à propos de l’armée d’Orient !

Général Bonaparte Dromadaire Eugène Lelièpvre

Bien connu pour ses articles publiés dans les revues Soldats Napoléoniens et Gloire et Empire, notre collègue et ami Yves Martin est l’un des meilleurs connaisseurs de l’Egypte sous domination française (1798-1801). « Ce sujet est pour moi un éternel recommencement », assure-t-il. Et de fait, il vient d’achever un ouvrage consacré à l’armée d’Orient. Edité par Helion Publishing, celui-ci devrait être disponible en fin d’année. Un volume dédié aux troupes britanniques est d’ores et déjà prévu. Une traduction en langue française n’est, par contre, guère à l’ordre du jour.

Livre Yves Martin Armée d'Orient 1798-1801
Une fort belle aquarelle d’Eugène Lelièpvre, représentant un cavalier et un trompette du régiment des Dromadaires, orne la couverture.

 

Pour en savoir plus, suivez ce lien.

Un « gibernard de première classe » s’en est allé …

Par Benoît Lorenzini, membre de la SEHRI.

Fin mars, nous apprenions avec tristesse le décès d’Albert Rigondaud, dit « Rigo », peintre des Armées, auteur notamment de la célèbre série de planches « Le Plumet ». Rendons donc hommage, au travers de ces quelques lignes, à ce maître de l’uniformologie.

 

« Faire une collection, c’est créer un monde à part, en dehors de la grisaille quotidienne. Pour beaucoup d’entre nous, c’est ça » – Albert Rigondaud, dit « Rigo » (1925-2017).

 

Un goût précoce pour l’histoire militaire.

Né le 29 octobre 1925 dans le 4e arrondissement de Paris, le jeune Albert Rigondaud se découvrit très tôt un goût prononcé pour le dessin et la peinture. C’est ainsi qu’il intégra l’Ecole nationale des Arts appliqués au sortir de ses études secondaires.

Garde de l'Aigle 1813 esquisse planche le Plumet Rigo
Recherches pour la planche « Le Plumet » n°116 (Garde de l’Aigle du 46e régiment d’infanterie, 1813).

Entré comme contractuel dans les services de la ville de Paris durant la Seconde guerre mondiale, pour se soustraire au Service du Travail Obligatoire, il se destina à la publicité, « boulot bien rémunéré, mais peu passionnant » qu’il exerça pourtant une vingtaine d’années durant. C’est à cette époque qu’il lui fut demandé d’effectuer des recherches et dessins pour le scénario d’un film de Jean Delannoy (1908-2008), Pontcarral, colonel d’Empire. Cette production sortit le 30 novembre 1942 à Angoulême et le 11 décembre de la même année à Paris. Ce premier contact avec les uniformes du Premier Empire constitua assurément un déclic pour le jeune homme. Plus encore, elle fit naître en lui une passion pour l’histoire militaire en général, et pour les uniformes et les drapeaux des armées de Louis XV à celles de Napoléon Ier en particulier, passion qui ne le quitta désormais plus. Au demeurant, les recherches réalisées dans le cadre de la préparation de ce long-métrage lui permirent d’ébaucher ce qui constituera, plus tard, une immense documentation dans les domaines de l’uniformologie et de la vexillologie.

Albert Rigondaud
Albert Rigondaud montre le fruit de ses travaux ; en l’espèce, des planches réalisées pour sa série « Révolution-Consulat-Empire » du « Plumet ».

Habit dragon Extrait planche originale RigoÀ partir des années 1960, c’est en effet un siècle d’histoire militaire, de Louis XV à Napoléon, que « Rigo » retraça au travers de centaines de planches sur lesquelles se côtoient uniformes, armes, équipements, harnachements, instruments de musique, décorations, drapeaux, guidons et étendards. « Nous sommes une dizaine de peintres de l’Armée en France, mais je fais partie d’une espèce rare en terme d’uniformologie et de vexillologie », assurait-il, prenant soin d’ajouter que « son travail consistait à fouiller dans les documents d’époque à la Bibliothèque Nationale, à les déchiffrer, les mettre sous format avec un respect total des dimensions et des couleurs ». « Il faut que tout soit respectueux de la réalité d’époque », avait-il coutume d’affirmer.

La réalité d’époque.

S’en tenir à la réalité d’époque, c’est précisément la ligne adoptée par « Rigo » dans le cadre de son travail de représentation des uniformes des armées françaises, au travers du dessin comme de la figurine. A ce propos, on se souvient de ses fameuses récriminations dans les allées des concours figurinistiques, face à des pièces pourtant magistralement peintes, mais qui comportaient des erreurs – parfois grossières – quant à la véracité uniformologique. Son combat contre le « laisser aller » – qu’il avait, un temps, constaté chez certains peintres de figurines – était un véritable cheval de bataille, quitte à se créer quelques inimitiés. Mais en cela, il savait pouvoir compter sur le soutien de nombre d’autres figurinistes, « artistes complets, parfaitement doués, qui ne se contentent pas de peindre magnifiquement une figurine, mais connaissent parfaitement leur sujet ».

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Corps francs et compagnies franches de la Révolution (1792-1799) – 2e partie

Par Didier Davin, membre de la SEHRI.

La légion de Biron.

A la suite à la déclaration de guerre de la France à Autriche et à la Prusse (avril 1792), des compagnies d’éclaireurs républicains furent formées à Metz et placées sous le commandement du général Luckner. Au mois d’août, le général Biron leva des compagnies de « chasseurs du Rhin »  sur l’étendue de son commandement, bientôt rebaptisées « légion du Rhin » ou « de Biron ». Nombre d’anciens soldats issus des ex-régiments suisses rejoignirent ses rangs, tels l’adjudant-major Fritsch ‒ qui avait servi dans le régiment de Reinach ‒, ou le sous-lieutenant Ginchard, un ancien du régiment de Vigier.

L’organisation s’opéra selon des modalités définies par un décret de l’Assemblée Nationale [1], qui  précisait que :

Article 5 : Les généraux de l’Armée du Rhin sont autorisés à se faire délivrer sur leur réquisition une partie des carabines [2] fabriquées à Liège en 1790 sous la direction du citoyen Gorden et qui existent dans les magasins. Le ministre de la Guerre les enverra par la voie la plus prompte à l’armée du Rhin.

Article 6 : Le général de l’armée du Rhin est autorisé à former d’abord provisoirement dix compagnies de chasseurs exercés à se servir de cette arme.

Article 7 : Il est pareillement autorisé à habiller ces compagnies de chasseurs de la manière et la couleur qui lui paraîtront le plus économique.

Article 8 : Leur formation et leur solde seront conformes à celles décrétées pour les compagnies de chasseurs nationaux volontaires.

Barthélémy Ferino commandant légion de Biron
Barthélémy Férino, commandant la légion de Biron – Wikimedia Commons.

Formées en deux bataillons, ces compagnies furent placées sous le commandement du lieutenant-colonel Pierre Marie Barthélémy Férino, un Piémontais  ayant autrefois servi dans l’armée autrichienne. Le 13 décembre 1792, elles se trouvaient au nombre des troupes commandées par le général Custine.

En janvier 1793, passé à l’armée des Alpes, le général Biron réclama plusieurs fois à Pache, ministre de la Guerre, que ses chasseurs du Rhin lui fussent envoyés. Cette demande ne fut acceptée qu’au mois de mai, mais ne fut guère suivie d’effet. En mars 1793, les éclaireurs républicains furent incorporés dans les chasseurs du Rhin ; la légion du Rhin fut virtuellement dissoute. Dès lors, les chasseurs du Rhin furent engagés en Alsace, sur les deux rives du Rhin. Ils prirent ainsi part au combat de Herxheim, livré le 6 mai 1793.

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Corps francs et compagnies franches de la Révolution (1792-1799) – 1ère partie

Par Didier Davin, membre de la SEHRI.

A la déclaration de guerre au roi de Bohême et de Hongrie, le 20 avril 1792, l’infanterie légère s’avérait faiblement représentée dans les armées françaises : elle ne comptait en effet que 14 bataillons de chasseurs. La nécessité d’en augmenter rapidement les effectifs  en vue des opérations à venir était incontestable. Dès le 27 avril, des légions françaises inter-armes furent envisagées afin d’épauler les armées aux frontières. Elles comprenaient de l’infanterie, de la cavalerie légère et de l’artillerie. Furent créées des légions des Ardennes, du Nord, du Midi, du Rhin, des Pyrénées, du Centre … Des patriotes étrangers réfugiés en France formèrent, eux, des légions belge et liégeoise, batave,  allobroge ou germanique.

Le 28 mai, l’Assemblée Nationale décréta la formation de 54 compagnies franches  de 200 hommes, soldées, armées et habillées comme l’infanterie légère, autrement dit en vert. Les étrangers furent autorisés s’y engager. Le 21 juillet, devant la pénurie de drap vert, une décision édicta que ces corps seraient habillés de drap gris ou blanc. A la fin du mois, des compagnies de chasseurs républicains furent formées à l’aide de gardes nationaux volontaires venus pour la Fédération. Elles comprenaient un capitaine, un capitaine en second, trois sous-lieutenants, un sergent-major, quatre sergents, onze caporaux, quatre cornets et 124 chasseurs. Seuls quatre-vingt-dix chasseurs se mirent effectivement en campagne, les autres formant le dépôt. L’individualisme français aidant et l’enthousiasme patriotique débordant, toutes ces unités connurent un succès magnifique. Les départements rivalisèrent d’entrain pour mettre sur pied telles formations, si bien qu’à la fin de 1792, quinze légions, trente-trois bataillons francs et 250 compagnies franches ou de chasseurs nationaux avaient été constituées. La ville de Paris fournit à elle seule 19 compagnies franches.

Ces unités tinrent le rôle d’éclaireurs ou de « commandos », non sans un succès certain. Néanmoins, elles finirent par être regroupées sous la forme de bataillons de chasseurs, puis de demi-brigades d’infanterie légère régulière. Ce faisant, elles donnèrent naissance à un outil opérationnel envié par toute l’Europe 25 ans durant.

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1799-1801 : La légion des Francs du Nord

Par Didier Davin, membre de la SEHRI.

« Les frontières de la France sont au Rhin », écrivait Lazare Carnot. Et de fait, la rive gauche du Rhin était sous occupation militaire française depuis 1794. Celle-ci avait apporté à ces territoires une cohérence politique, judiciaire et économique qu’ils ignoraient auparavant, morcelés qu’ils étaient en de multiples et minuscules Etats plus ou moins souverains. Cependant, elle avait également amené son administration tatillonne, faisant peser de lourdes contraintes sur le pays. La barrière linguistique n’était guère un problème, puisque l’Alsace et le Luxembourg faisaient déjà partie de la République.

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Carte de l’Empire français en 1811 – Les départements de la rive gauche du Rhin sont encadrés en rouge.

En 1797, la mise en place d’une République-soeur avait fait son chemin, mais l’annexion de la Belgique conduisait à envisager le même sort pour les territoires allemands cisrhénans. Tel projet était soutenu par les notables locaux, qui, à tout prendre, préféraient devenir Français. L’année suivant, le territoire fut donc « officieusement » divisé en 4 départements : Roër, Rhin-et-Moselle, Mont-Tonnerre et Sarre. Cette procédure formait le prélude à une intégration complète, dont l’annonce était cependant différée afin de ménager la Prusse, disposant de petits fiefs dans la région.

Le 8 septembre 1799, le Directoire – en quête d’effectifs pour ses armées – invita les populations des départements « entre Meuse et Rhin et Rhin et Moselle » à concourir à la formation d’une légion des Francs du Nord. Simultanément, une somme fut mise à la disposition du ministre de la Guerre afin d’assurer les premiers frais d’équipement et de solde.

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Les dragons de la Manche : une unité de cavalerie face à la « crise fédéraliste » (1793-1794)

Par Didier Davin, membre de la SEHRI.

Parmi les nombreux corps de volontaires et unités franches levés par les départements durant la Révolution, les corps francs à cheval sont assurément les moins connus. Les dragons de la Manche figurent au nombre de ces unités éphémères, qui concoururent cependant à former la Nation, une cavalerie que l’Europe envia à la France pendant deux décennies.

En avril 1793, le département de la Manche projeta la formation d‘un escadron de cavalerie de type dragons. Fort de 204 hommes, il devait être levé par groupes de 20 à 30 hommes dans les différents districts du département. Dès le 3 mai, le directoire départemental procéda à la nomination des officiers. Contrairement à l’habitude, ils ne furent donc pas nommés par la troupe. Le chef d’escadrons était le citoyen Le Tellier, originaire de St Lô. Les capitaines Le Vastois et Dubosq, les lieutenants Huard-Boitôt, Le Tellier et Le Testu étaient tous issus de la garde nationale. La solde fut fixée à 20 sols pour les cavaliers, à 27 pour les brigadiers, à 35 pour les maréchaux des logis, à 100 pour les sous-lieutenants et à 350 pour les lieutenants.

Le 16 mai, les premiers effectifs se réunirent à Saint-Lô. Il fallait lever les hommes mais également fournir leur remonte. Des réquisitions permirent de réunir 213 chevaux entre avril et septembre. Une nouvelle levée de 360 hommes fut rapidement décidée, mais des difficultés pour atteindre les quotas fixés se firent sentir. Puysaye, adjudant-général et commissaire pour le recrutement, jugeait les cavaliers «  beaux et superbes ».

Tandis que se formaient les dragons de la Manche, la Convention – soumise à la pression des sans-culottes parisiens ‒ vota l’arrestation des députés girondins. Ces derniers se réfugièrent en province et tentèrent d’y lever des troupes pour faire face au coup de force survenu dans la capitale. S’ajoutant à l’insurrection vendéenne, le mouvement fédéraliste venait de naître.

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Marc Morillon, un infographiste au service de l’Histoire

Par Pierre-Baptiste Guillemot, membre de la SEHRI.

Le Dracénois Marc Morillon se passionne pour le 1er Empire depuis près de 60 ans. La lecture d’ouvrages illustrés par Jacques Onfray de Bréville – en particulier le Bonaparte et le Napoléon de Georges Montorgueil ainsi que La cantinière ‒, présents en bonne place sur les rayonnages de la bibliothèque familiale y est ‒ selon ses dires ‒ pour beaucoup. Alors adolescent, Marc acquiert et réalise des figurines Airfix. Peu après, il produit son premier « scratch », autrement dit une création complète. S’il assure que cette première tentative était d’une apparence frustre, convenons qu’elle était néanmoins fort ingénieuse. En effet, à une époque où les pâtes durcissantes – aujourd’hui si prisées des figurinistes ‒ n’existaient pas, Marc avait opté pour de la mie de pain afin de réaliser le visage.

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Marc peint et collectionne des figurines depuis plusieurs décennies – Ici, un cavalier de la gendarmerie d’élite de la Garde Impériale de la marque Métal Modèles. 

Pendant de nombreuses années, Marc a été membre du Bivouac, un club de figurinistes installé sur la Côte d’Azur. A l’instar de Didier Davin, il a d’ailleurs rédigé de nombreux articles pour le bulletin de l’association. Il est également membre du Briquet, une association orléanaise aujourd’hui présidée par Jean-Claude Colrat. Au tout début mai 2016, Marc a officiellement rejoint les rangs de la Société des Etudes Historiques Révolutionnaires et Impériales (SEHRI). Figure majeure du forum, il s’implique dans l’ensemble des activités et projets de la Société. La réalisation des cartes postales publiées par la SEHRI est ainsi à porter à son crédit.

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Jean-Louis Carra (1742-1793), parcours d’un révolutionnaire

Portrait Jean-Louis CarraPar Jérôme Croyet, président de la SEHRI.

Né à Pont-de-Veyle le 9 mars 1742, Jean-Louis Carra est le fils de Claude Carra, commissaire aux droits seigneuriaux, et de Marie-Anne Colas. Elève au collège des Jésuites de Mâcon, il est arrêté pour vol en 1758 et effectue deux ans d’emprisonnement sans être jugé pour autant. A sa libération, il se rend en Moldavie et devient secrétaire de l’Hospodar.

De retour en France, il compose une Histoire de la Moldavie et de la Valachie. Secrétaire de d’Argenson à Paris en 1768, il rédige, deux ans plus tard, des articles pour l’Encyclopédie et ses suppléments. Après avoir publié un roman à La Haye, Le système de la raison à Londres (1773), un Essai particulier de politique (1784) et un Essai sur la nautique aérienne contenant l’art de diriger les ballons, il est employé à la Bibliothèque du roi. En 1787, il est l’auteur d’Un petit Mot de réponse à M. de Calonne sur sa Requête au roi. Au printemps 1789, il fait paraître un Avis du Tiers Etat de la Bresse sur la nomination des députés aux Etats généraux.

Le 3 octobre 1789, il fonde, en collaboration avec Mercier, les Annales Patriotiques. En cette année 1789, Carra se révèle particulièrement prolifique et rédige divers opuscules. Deux ans plus tard, alors membre de la Société des Amis de la Constitution de Paris, il rédige un Discours sur la conspiration d’Outre-Rhin et sur les moyens les plus efficaces à employer relativement aux puissances étrangères qui accueillent et soutiennent cette conspiration. Le 6 février 1792, la Société des Amis de la Constitution, séante aux Jacobins, fait imprimer un Discours de L. Carra, sur le danger des circonstances présentes et sur le système de corruption employé par la cour, avec des notes et observations.

Le 5 septembre 1792, Carra est élu député à la Convention par les électeurs du département de Saône-et-Loire. C’est également à cette époque qu’il publie une Correspondance de MM. de Montmorin et de Bertrand, ministres d’État, sur le Comité autrichien : Dénonciations et plaintes rendues par ces deux ministres contre le sieur Carra.

En janvier 1793, il fait partie des Conventionnels votant la mort du roi, sans appel au peuple et sans sursis. A cette occasion, il fait paraître, le 3 janvier, un Discours contre la défense de Louis Capet, dernier roi des Français. Le 9 mars, il est nommé représentant du peuple en mission. Lui revient la lourde tâche d’hâter la levée des 300000 hommes dans les Deux-Sèvres et en Vendée. Le 30 avril, Carra est envoyé comme représentant à l’armée du Centre.

A son retour, il est nommé secrétaire de la Convention. Visé par les proscriptions ciblant les Girondins, il se fend d’une Réponse à ses calomniateurs (26 juin 1793). Accusé de fédéralisme, il comparait le 3 octobre 1793 devant le Tribunal révolutionnaire. Condamné à mort le 30 du même mois, il est décapité le lendemain aux côtés de 21 de ses collègues députés.

Les « chasseurs noirs » de la Roche-Négly durant la « crise fédéraliste » (1793)

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« Chasseur noir » du corps franc La Roche-Négly, été 1793. Infographie originale de Marc Morillon pour un ouvrage à paraître en fin d’année 2016. 

Issu d’une vieille famille du Puy-en-Velay, François-Gabriel de la Roche-Négly (1757-1793) – vétéran de la guerre d’Indépendance américaine – rejoignit les rangs des fédéralistes lyonnais à l’été 1793. A cette occasion, il forma un petit corps franc composé d’une trentaine de paysans, braconniers et gardes-chasse levés en Velay et en Vivarais. Selon un témoin oculaire [1], ces hommes, tout de noir vêtus, furent pris pour des prêtres déguisés par la population. L’armement dont disposait ce corps franc demeure inconnu. Les « chasseurs noirs » étaient probablement armés de fusils de chasse, et peut-être de fusils modèle 1777 saisis à la manufacture de Saint-Etienne à la fin du mois d’août 1793. Les hommes de la Roche-Négly furent décimés lors des combats de la fin du siège de Lyon. Capturé le 9 octobre 1793, leur chef fut fusillé comme « officier général de l’armée lyonnaise » le 25 octobre. 

[1] Il s’agit de Claude-Joachim Puy, capitaine quartier-maître du corps expéditionnaire lyonnais dans le Forez, qui rédigea ses Souvenirs dans les années 1820.