1809-1813 : L’artillerie régimentaire dans l’infanterie impériale

Par Didier Davin, membre de la SEHRI.

Une renaissance après une éclipse d’une décennie.

L’artillerie dépendante des unités d’infanterie disparut des demi-brigades de la République en 1798. Sa renaissance eut lieu le 24 mai 1809, lorsque Napoléon 1er donna l’ordre d’attribuer deux pièces autrichiennes de 3 livres et deux caissons à chaque régiment du corps d’armée du maréchal Davout, ainsi qu’au 5e régiment d’infanterie légère et au 19e régiment d’infanterie de ligne. Le 25 mai, chaque régiment du corps d’armée du maréchal Masséna et les demi-brigades du général Oudinot reçurent également deux pièces. Deux jours plus tard, cette décision fut encore étendue au corps du vice-roi d’Italie et à celui du général Marmont. Le maréchal Bernadotte devait aussi armer de canons les régiments de sa division française, aux ordres du général Dupas.

L’heure des réglementations.

Le 9 juin, un décret organisa cette artillerie régimentaire. Les régiments effectivement concernés étaient les suivants :

• Infanterie de ligne : 2, 3, 4, 5, 8, 9, 11, 12, 13, 17, 18, 19, 21, 23, 24, 25, 27, 29, 30, 33, 35, 37, 42, 46, 48, 52, 53, 56, 57, 60, 61, 62, 65, 72, 79, 81, 85, 92, 93, 94, 95, 102, 105, 106, 108, 111 et 112.
• Infanterie légère : 3, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 13, 14, 15, 18, 22, 23 et 24.

De multiples difficultés.

La disparité des pièces d’artillerie récupérées causa bien des difficultés. Car à côté des prises autrichiennes en nombre insuffisant, on trouvait des pièces prussiennes ou piémontaises qu’il fallut repeindre et pour lesquelles les pièces manquaient. Afin de faire face à l’approvisionnement en munitions, on activa la production. Il s’agissait en outre de trouver les chevaux nécessaires au déplacement de ces matériels. Enfin, l’artillerie étant une arme « savante », on dut former d’ex-fantassins et des officiers au complexe service des pièces.

De la sorte, seules quelques régiments d’infanterie purent effectivement mettre en ligne leur artillerie à la bataille de Wagram, livrée les 5 et 6 juillet. Par la suite, le système fut mis en sommeil et les compagnies, dissoutes, à l’exception de celles des régiments stationnés en Allemagne ou dans les Provinces Illyriennes.

Des plaines autrichiennes aux Provinces Illyriennes.

Artillerie régimentaire Pierre Benigni carte Bucquoy.jpg
Conducteur et artilleur d’une compagnie d’artillerie régimentaire – Aquarelle de Pierre Benigni pour une série de cartes du commandant Bucquoy.

Après la bataille de Znaïm, le capitaine Desboeufs, alors sous-lieutenant au 81e régiment d’infanterie de ligne, fut ainsi chargé par son colonel de former la compagnie d’artillerie régimentaire avec l’aide d’un lieutenant. « Nous reçûmes deux pièces de 4 livres, des caissons et des fourgons. Me voici à cheval, pistolets à l’arçon, sabre traînant au côté et faisant exécuter la manœuvre du canon, d’après les instructions de l’artillerie légère », assurait-il. Dès lors, l’unité gagna les Provinces Illyriennes – la Croatie militaire –, octroyées à l’Empire à la suite de la victoire contre l’Autriche. Le mémorialiste narra avec force détails les difficultés de circulation de ses fourgons dans des chemins boueux et parsemés de ravins et d’obstacles divers. Son artillerie servit à des expéditions frontalières contre les Turcs qui pratiquaient des razzias. Appelé en Espagne en 1810 et ayant laissé ses pièces en Allemagne, le 81e régiment d’infanterie de ligne reconstitua sa compagnie avec du matériel prélevé dans le Sud-Ouest. Lire la suite

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Généalogie : retrouver un volontaire ou un réquisitionnaire de la Révolution

Durant la Révolution, les levées de volontaires, mais également la désignation des réquisitionnaires, s’opérèrent à l’échelon communal  – plus rarement cantonal -,  à la suite d’un arrêté du département et/ou du district.

Enrôlement des volontaires 1792 Gouache Lesueur Carnavalet
Enrôlement des volontaires à Paris, septembre 1792 – Gouache de la série dite « de Lesueur », Collections du Musée Carnavalet/Histoire de Paris.  

De fait, il convient de se rendre aux Archives Municipales afin de retrouver les listes ou les registres d’engagement des volontaires (séries H ou Rév.), ainsi que les délibérations concernant ces levées (registres de délibérations municipaux, rassemblés en série D). De même, il faut rechercher les listes de secours aux parents des « Défenseurs de la Patrie » (aux Archives Municipales, mais également aux Archives Départementales).

Ensuite, il est nécessaire de vous rendre aux Archives Départementales : cette étape vous permettra de mieux connaître la destinée du volontaire ou du réquisitionnaire étudié. Consultez-y la série L : les archives ayant trait aux affaires militaires du département, celles des districts et des municipalités, ou encore les registres des comités de surveillance, recèlent en effet pléthore de renseignements. En compulsant la série R, vous pourrez également découvrir de précieuses informations ayant notamment trait au devenir du soldat sous le 1er Empire.

Enfin, lorsqu’il s’agira de cerner finement le parcours du volontaire aux armées, un détour par le Service Historique de la Défense (Vincennes) constituera une étape obligatoire : vous y consulterez les registres des bataillons de volontaires. Afin d’optimiser les résultats de recherche, connaître le nom et le numéro du bataillon s’avère cependant impératif.

Bonnes recherches !

Bientôt du nouveau à propos de l’armée d’Orient !

Général Bonaparte Dromadaire Eugène Lelièpvre

Bien connu pour ses articles publiés dans les revues Soldats Napoléoniens et Gloire et Empire, notre collègue et ami Yves Martin est l’un des meilleurs connaisseurs de l’Egypte sous domination française (1798-1801). « Ce sujet est pour moi un éternel recommencement », assure-t-il. Et de fait, il vient d’achever un ouvrage consacré à l’armée d’Orient. Edité par Helion Publishing, celui-ci devrait être disponible en fin d’année. Un volume dédié aux troupes britanniques est d’ores et déjà prévu. Une traduction en langue française n’est, par contre, guère à l’ordre du jour.

Livre Yves Martin Armée d'Orient 1798-1801
Une fort belle aquarelle d’Eugène Lelièpvre, représentant un cavalier et un trompette du régiment des Dromadaires, orne la couverture.

 

Pour en savoir plus, suivez ce lien.

Printemps 1815 : L’éphémère 6e régiment étranger

Par Didier Davin, membre de la SEHRI.

A l’automne 1813, plusieurs contingents étrangers au service français participèrent au repli opéré par la Grande Armée en direction du Rhin. Pour autant, Napoléon ‒ méfiant quant à leur loyauté ‒ ne les récompensa nullement. Et de fait, les décisions impériales impliquèrent deux logiques différentes. Ainsi, une large partie des anciennes troupes alliées de l’Empire fut considérée comme prisonnière de guerre ; le reste fut dissout et transformé en régiments de pionniers, soldés comme tels. A la chute de l’Empereur, le retour dans leurs foyers de ces militaires étrangers se révéla difficilement envisageable, en raison de l’hostilité de leurs compatriotes à leur égard. C’était tout particulièrement le cas des Espagnols ayant servi le roi Joseph Bonaparte, mais également des soldats de l’ex-Légion portugaise.

Lors de la 1ère Restauration de Louis XVIII, furent formés trois régiments étrangers, non compris les Suisses. En décembre 1814, une ordonnance royale édicta que les soldats espagnols et portugais encore à la solde française et aptes à servir devaient constituer un régiment colonial étranger, d’une force – toute théorique ‒ de trois bataillons, à l’instar du reste de l’infanterie de ligne. En outre, ladite ordonnance stipulait que les couleurs distinctives de l’uniforme seraient déterminées ultérieurement. Le 16 février 1815, une nouvelle ordonnance décréta que les contrats d’engagement dans les troupes étrangères devaient être d’une durée de six ans. Simultanément, une épuration fut réalisée, si bien qu’au mois de mars, seuls 1752 militaires étrangers demeuraient au service des Bourbons.

Le 20 mars 1815, à son retour aux Tuileries, Napoléon était probablement déjà conscient de la tâche immense qui l’attendait, dans le contexte d’une invasion étrangère prochaine. Le 3 avril, il décida de former cinq régiments étrangers – Lavis de Haim.

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Un partenariat prometteur …

Depuis le 1er juin, la Société des Etudes Historiques Révolutionnaires et Impériales est partenaire du site Soldats de la Grande Armée, administré par Frédéric Berjaud.

Fantassin 63e régiment infanterie de ligne Aquarelle Frédéric Berjaud

En outre, notre sociétaire et ami Didier Davin y publie fréquemment des articles. Découvrez son dernier-né – consacré aux chasseurs des Alpes en 1815 –, en suivant ce lien.

Bonne visite et bonne lecture !

Jean-Louis Simplet, grenadier de la Garde Impériale

Par Jérôme Croyet et Pierre-Baptiste Guillemot, membres de la SEHRI.

Sous le 1er Empire, la Garde Impériale est perçue comme l’élite de l’armée française. Les grenadiers à pied forment l’élite de cette élite et servent de fait de réserve suprême, apte à décider du sort d’une bataille indécise. Retour sur le parcours d’un Ambarrois ayant servi en leur sein …

Jean-Louis Simplet est né le 6 décembre 1773 à Ambérieu-en-Bugey. Agé d’à peine 20 ans, il entre comme fusilier à la 5e compagnie du bataillon de Montferme le 23 septembre 1793. Il est présent à la revue d’amalgame de ladite unité, opérée à Barcelonnette le 4 prairial an II. Notre homme passe alors à la 100e demi-brigade d’infanterie de ligne. Il s’y distingue par sa bonne conduite, ce qui lui vaut de rejoindre une compagnie de grenadiers de la 45e demi-brigade d’infanterie de ligne en messidor an VI. C’est aux côtés de ces hommes qu’il est blessé le 2 juillet 1799, lors du combat de Saint-Julien.

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Un « gibernard de première classe » s’en est allé …

Par Benoît Lorenzini, membre de la SEHRI.

Fin mars, nous apprenions avec tristesse le décès d’Albert Rigondaud, dit « Rigo », peintre des Armées, auteur notamment de la célèbre série de planches « Le Plumet ». Rendons donc hommage, au travers de ces quelques lignes, à ce maître de l’uniformologie.

 

« Faire une collection, c’est créer un monde à part, en dehors de la grisaille quotidienne. Pour beaucoup d’entre nous, c’est ça » – Albert Rigondaud, dit « Rigo » (1925-2017).

 

Un goût précoce pour l’histoire militaire.

Né le 29 octobre 1925 dans le 4e arrondissement de Paris, le jeune Albert Rigondaud se découvrit très tôt un goût prononcé pour le dessin et la peinture. C’est ainsi qu’il intégra l’Ecole nationale des Arts appliqués au sortir de ses études secondaires.

Garde de l'Aigle 1813 esquisse planche le Plumet Rigo
Recherches pour la planche « Le Plumet » n°116 (Garde de l’Aigle du 46e régiment d’infanterie, 1813).

Entré comme contractuel dans les services de la ville de Paris durant la Seconde guerre mondiale, pour se soustraire au Service du Travail Obligatoire, il se destina à la publicité, « boulot bien rémunéré, mais peu passionnant » qu’il exerça pourtant une vingtaine d’années durant. C’est à cette époque qu’il lui fut demandé d’effectuer des recherches et dessins pour le scénario d’un film de Jean Delannoy (1908-2008), Pontcarral, colonel d’Empire. Cette production sortit le 30 novembre 1942 à Angoulême et le 11 décembre de la même année à Paris. Ce premier contact avec les uniformes du Premier Empire constitua assurément un déclic pour le jeune homme. Plus encore, elle fit naître en lui une passion pour l’histoire militaire en général, et pour les uniformes et les drapeaux des armées de Louis XV à celles de Napoléon Ier en particulier, passion qui ne le quitta désormais plus. Au demeurant, les recherches réalisées dans le cadre de la préparation de ce long-métrage lui permirent d’ébaucher ce qui constituera, plus tard, une immense documentation dans les domaines de l’uniformologie et de la vexillologie.

Albert Rigondaud
Albert Rigondaud montre le fruit de ses travaux ; en l’espèce, des planches réalisées pour sa série « Révolution-Consulat-Empire » du « Plumet ».

Habit dragon Extrait planche originale RigoÀ partir des années 1960, c’est en effet un siècle d’histoire militaire, de Louis XV à Napoléon, que « Rigo » retraça au travers de centaines de planches sur lesquelles se côtoient uniformes, armes, équipements, harnachements, instruments de musique, décorations, drapeaux, guidons et étendards. « Nous sommes une dizaine de peintres de l’Armée en France, mais je fais partie d’une espèce rare en terme d’uniformologie et de vexillologie », assurait-il, prenant soin d’ajouter que « son travail consistait à fouiller dans les documents d’époque à la Bibliothèque Nationale, à les déchiffrer, les mettre sous format avec un respect total des dimensions et des couleurs ». « Il faut que tout soit respectueux de la réalité d’époque », avait-il coutume d’affirmer.

La réalité d’époque.

S’en tenir à la réalité d’époque, c’est précisément la ligne adoptée par « Rigo » dans le cadre de son travail de représentation des uniformes des armées françaises, au travers du dessin comme de la figurine. A ce propos, on se souvient de ses fameuses récriminations dans les allées des concours figurinistiques, face à des pièces pourtant magistralement peintes, mais qui comportaient des erreurs – parfois grossières – quant à la véracité uniformologique. Son combat contre le « laisser aller » – qu’il avait, un temps, constaté chez certains peintres de figurines – était un véritable cheval de bataille, quitte à se créer quelques inimitiés. Mais en cela, il savait pouvoir compter sur le soutien de nombre d’autres figurinistes, « artistes complets, parfaitement doués, qui ne se contentent pas de peindre magnifiquement une figurine, mais connaissent parfaitement leur sujet ».

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Corps francs et compagnies franches de la Révolution (1792-1799) – 2e partie

Par Didier Davin, membre de la SEHRI.

La légion de Biron.

A la suite à la déclaration de guerre de la France à Autriche et à la Prusse (avril 1792), des compagnies d’éclaireurs républicains furent formées à Metz et placées sous le commandement du général Luckner. Au mois d’août, le général Biron leva des compagnies de « chasseurs du Rhin »  sur l’étendue de son commandement, bientôt rebaptisées « légion du Rhin » ou « de Biron ». Nombre d’anciens soldats issus des ex-régiments suisses rejoignirent ses rangs, tels l’adjudant-major Fritsch ‒ qui avait servi dans le régiment de Reinach ‒, ou le sous-lieutenant Ginchard, un ancien du régiment de Vigier.

L’organisation s’opéra selon des modalités définies par un décret de l’Assemblée Nationale [1], qui  précisait que :

Article 5 : Les généraux de l’Armée du Rhin sont autorisés à se faire délivrer sur leur réquisition une partie des carabines [2] fabriquées à Liège en 1790 sous la direction du citoyen Gorden et qui existent dans les magasins. Le ministre de la Guerre les enverra par la voie la plus prompte à l’armée du Rhin.

Article 6 : Le général de l’armée du Rhin est autorisé à former d’abord provisoirement dix compagnies de chasseurs exercés à se servir de cette arme.

Article 7 : Il est pareillement autorisé à habiller ces compagnies de chasseurs de la manière et la couleur qui lui paraîtront le plus économique.

Article 8 : Leur formation et leur solde seront conformes à celles décrétées pour les compagnies de chasseurs nationaux volontaires.

Barthélémy Ferino commandant légion de Biron
Barthélémy Férino, commandant la légion de Biron – Wikimedia Commons.

Formées en deux bataillons, ces compagnies furent placées sous le commandement du lieutenant-colonel Pierre Marie Barthélémy Férino, un Piémontais  ayant autrefois servi dans l’armée autrichienne. Le 13 décembre 1792, elles se trouvaient au nombre des troupes commandées par le général Custine.

En janvier 1793, passé à l’armée des Alpes, le général Biron réclama plusieurs fois à Pache, ministre de la Guerre, que ses chasseurs du Rhin lui fussent envoyés. Cette demande ne fut acceptée qu’au mois de mai, mais ne fut guère suivie d’effet. En mars 1793, les éclaireurs républicains furent incorporés dans les chasseurs du Rhin ; la légion du Rhin fut virtuellement dissoute. Dès lors, les chasseurs du Rhin furent engagés en Alsace, sur les deux rives du Rhin. Ils prirent ainsi part au combat de Herxheim, livré le 6 mai 1793.

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Corps francs et compagnies franches de la Révolution (1792-1799) – 1ère partie

Par Didier Davin, membre de la SEHRI.

A la déclaration de guerre au roi de Bohême et de Hongrie, le 20 avril 1792, l’infanterie légère s’avérait faiblement représentée dans les armées françaises : elle ne comptait en effet que 14 bataillons de chasseurs. La nécessité d’en augmenter rapidement les effectifs  en vue des opérations à venir était incontestable. Dès le 27 avril, des légions françaises inter-armes furent envisagées afin d’épauler les armées aux frontières. Elles comprenaient de l’infanterie, de la cavalerie légère et de l’artillerie. Furent créées des légions des Ardennes, du Nord, du Midi, du Rhin, des Pyrénées, du Centre … Des patriotes étrangers réfugiés en France formèrent, eux, des légions belge et liégeoise, batave,  allobroge ou germanique.

Le 28 mai, l’Assemblée Nationale décréta la formation de 54 compagnies franches  de 200 hommes, soldées, armées et habillées comme l’infanterie légère, autrement dit en vert. Les étrangers furent autorisés s’y engager. Le 21 juillet, devant la pénurie de drap vert, une décision édicta que ces corps seraient habillés de drap gris ou blanc. A la fin du mois, des compagnies de chasseurs républicains furent formées à l’aide de gardes nationaux volontaires venus pour la Fédération. Elles comprenaient un capitaine, un capitaine en second, trois sous-lieutenants, un sergent-major, quatre sergents, onze caporaux, quatre cornets et 124 chasseurs. Seuls quatre-vingt-dix chasseurs se mirent effectivement en campagne, les autres formant le dépôt. L’individualisme français aidant et l’enthousiasme patriotique débordant, toutes ces unités connurent un succès magnifique. Les départements rivalisèrent d’entrain pour mettre sur pied telles formations, si bien qu’à la fin de 1792, quinze légions, trente-trois bataillons francs et 250 compagnies franches ou de chasseurs nationaux avaient été constituées. La ville de Paris fournit à elle seule 19 compagnies franches.

Ces unités tinrent le rôle d’éclaireurs ou de « commandos », non sans un succès certain. Néanmoins, elles finirent par être regroupées sous la forme de bataillons de chasseurs, puis de demi-brigades d’infanterie légère régulière. Ce faisant, elles donnèrent naissance à un outil opérationnel envié par toute l’Europe 25 ans durant.

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1799-1801 : La légion des Francs du Nord

Par Didier Davin, membre de la SEHRI.

« Les frontières de la France sont au Rhin », écrivait Lazare Carnot. Et de fait, la rive gauche du Rhin était sous occupation militaire française depuis 1794. Celle-ci avait apporté à ces territoires une cohérence politique, judiciaire et économique qu’ils ignoraient auparavant, morcelés qu’ils étaient en de multiples et minuscules Etats plus ou moins souverains. Cependant, elle avait également amené son administration tatillonne, faisant peser de lourdes contraintes sur le pays. La barrière linguistique n’était guère un problème, puisque l’Alsace et le Luxembourg faisaient déjà partie de la République.

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Carte de l’Empire français en 1811 – Les départements de la rive gauche du Rhin sont encadrés en rouge.

En 1797, la mise en place d’une République-soeur avait fait son chemin, mais l’annexion de la Belgique conduisait à envisager le même sort pour les territoires allemands cisrhénans. Tel projet était soutenu par les notables locaux, qui, à tout prendre, préféraient devenir Français. L’année suivant, le territoire fut donc « officieusement » divisé en 4 départements : Roër, Rhin-et-Moselle, Mont-Tonnerre et Sarre. Cette procédure formait le prélude à une intégration complète, dont l’annonce était cependant différée afin de ménager la Prusse, disposant de petits fiefs dans la région.

Le 8 septembre 1799, le Directoire – en quête d’effectifs pour ses armées – invita les populations des départements « entre Meuse et Rhin et Rhin et Moselle » à concourir à la formation d’une légion des Francs du Nord. Simultanément, une somme fut mise à la disposition du ministre de la Guerre afin d’assurer les premiers frais d’équipement et de solde.

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