Bientôt du nouveau à propos de l’armée d’Orient !

Général Bonaparte Dromadaire Eugène Lelièpvre

Bien connu pour ses articles publiés dans les revues Soldats Napoléoniens et Gloire et Empire, notre collègue et ami Yves Martin est l’un des meilleurs connaisseurs de l’Egypte sous domination française (1798-1801). « Ce sujet est pour moi un éternel recommencement », assure-t-il. Et de fait, il vient d’achever un ouvrage consacré à l’armée d’Orient. Edité par Helion Publishing, celui-ci devrait être disponible en fin d’année. Un volume dédié aux troupes britanniques est d’ores et déjà prévu. Une traduction en langue française n’est, par contre, guère à l’ordre du jour.

Livre Yves Martin Armée d'Orient 1798-1801
Une fort belle aquarelle d’Eugène Lelièpvre, représentant un cavalier et un trompette du régiment des Dromadaires, orne la couverture.

 

Pour en savoir plus, suivez ce lien.

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Printemps 1815 : L’éphémère 6e régiment étranger

Par Didier Davin, membre de la SEHRI.

A l’automne 1813, plusieurs contingents étrangers au service français participèrent au repli opéré par la Grande Armée en direction du Rhin. Pour autant, Napoléon ‒ méfiant quant à leur loyauté ‒ ne les récompensa nullement. Et de fait, les décisions impériales impliquèrent deux logiques différentes. Ainsi, une large partie des anciennes troupes alliées de l’Empire fut considérée comme prisonnière de guerre ; le reste fut dissout et transformé en régiments de pionniers, soldés comme tels. A la chute de l’Empereur, le retour dans leurs foyers de ces militaires étrangers se révéla difficilement envisageable, en raison de l’hostilité de leurs compatriotes à leur égard. C’était tout particulièrement le cas des Espagnols ayant servi le roi Joseph Bonaparte, mais également des soldats de l’ex-Légion portugaise.

Lors de la 1ère Restauration de Louis XVIII, furent formés trois régiments étrangers, non compris les Suisses. En décembre 1814, une ordonnance royale édicta que les soldats espagnols et portugais encore à la solde française et aptes à servir devaient constituer un régiment colonial étranger, d’une force – toute théorique ‒ de trois bataillons, à l’instar du reste de l’infanterie de ligne. En outre, ladite ordonnance stipulait que les couleurs distinctives de l’uniforme seraient déterminées ultérieurement. Le 16 février 1815, une nouvelle ordonnance décréta que les contrats d’engagement dans les troupes étrangères devaient être d’une durée de six ans. Simultanément, une épuration fut réalisée, si bien qu’au mois de mars, seuls 1752 militaires étrangers demeuraient au service des Bourbons.

Le 20 mars 1815, à son retour aux Tuileries, Napoléon était probablement déjà conscient de la tâche immense qui l’attendait, dans le contexte d’une invasion étrangère prochaine. Le 3 avril, il décida de former cinq régiments étrangers – Lavis de Haim.

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Un partenariat prometteur …

Depuis le 1er juin, la Société des Etudes Historiques Révolutionnaires et Impériales est partenaire du site Soldats de la Grande Armée, administré par Frédéric Berjaud.

Fantassin 63e régiment infanterie de ligne Aquarelle Frédéric Berjaud

En outre, notre sociétaire et ami Didier Davin y publie fréquemment des articles. Découvrez son dernier-né – consacré aux chasseurs des Alpes en 1815 –, en suivant ce lien.

Bonne visite et bonne lecture !

Jean-Louis Simplet, grenadier de la Garde Impériale

Par Jérôme Croyet et Pierre-Baptiste Guillemot, membres de la SEHRI.

Sous le 1er Empire, la Garde Impériale est perçue comme l’élite de l’armée française. Les grenadiers à pied forment l’élite de cette élite et servent de fait de réserve suprême, apte à décider du sort d’une bataille indécise. Retour sur le parcours d’un Ambarrois ayant servi en leur sein …

Jean-Louis Simplet est né le 6 décembre 1773 à Ambérieu-en-Bugey. Agé d’à peine 20 ans, il entre comme fusilier à la 5e compagnie du bataillon de Montferme le 23 septembre 1793. Il est présent à la revue d’amalgame de ladite unité, opérée à Barcelonnette le 4 prairial an II. Notre homme passe alors à la 100e demi-brigade d’infanterie de ligne. Il s’y distingue par sa bonne conduite, ce qui lui vaut de rejoindre une compagnie de grenadiers de la 45e demi-brigade d’infanterie de ligne en messidor an VI. C’est aux côtés de ces hommes qu’il est blessé le 2 juillet 1799, lors du combat de Saint-Julien.

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Un « gibernard de première classe » s’en est allé …

Par Benoît Lorenzini, membre de la SEHRI.

Fin mars, nous apprenions avec tristesse le décès d’Albert Rigondaud, dit « Rigo », peintre des Armées, auteur notamment de la célèbre série de planches « Le Plumet ». Rendons donc hommage, au travers de ces quelques lignes, à ce maître de l’uniformologie.

 

« Faire une collection, c’est créer un monde à part, en dehors de la grisaille quotidienne. Pour beaucoup d’entre nous, c’est ça » – Albert Rigondaud, dit « Rigo » (1925-2017).

 

Un goût précoce pour l’histoire militaire.

Né le 29 octobre 1925 dans le 4e arrondissement de Paris, le jeune Albert Rigondaud se découvrit très tôt un goût prononcé pour le dessin et la peinture. C’est ainsi qu’il intégra l’Ecole nationale des Arts appliqués au sortir de ses études secondaires.

Garde de l'Aigle 1813 esquisse planche le Plumet Rigo
Recherches pour la planche « Le Plumet » n°116 (Garde de l’Aigle du 46e régiment d’infanterie, 1813).

Entré comme contractuel dans les services de la ville de Paris durant la Seconde guerre mondiale, pour se soustraire au Service du Travail Obligatoire, il se destina à la publicité, « boulot bien rémunéré, mais peu passionnant » qu’il exerça pourtant une vingtaine d’années durant. C’est à cette époque qu’il lui fut demandé d’effectuer des recherches et dessins pour le scénario d’un film de Jean Delannoy (1908-2008), Pontcarral, colonel d’Empire. Cette production sortit le 30 novembre 1942 à Angoulême et le 11 décembre de la même année à Paris. Ce premier contact avec les uniformes du Premier Empire constitua assurément un déclic pour le jeune homme. Plus encore, elle fit naître en lui une passion pour l’histoire militaire en général, et pour les uniformes et les drapeaux des armées de Louis XV à celles de Napoléon Ier en particulier, passion qui ne le quitta désormais plus. Au demeurant, les recherches réalisées dans le cadre de la préparation de ce long-métrage lui permirent d’ébaucher ce qui constituera, plus tard, une immense documentation dans les domaines de l’uniformologie et de la vexillologie.

Albert Rigondaud
Albert Rigondaud montre le fruit de ses travaux ; en l’espèce, des planches réalisées pour sa série « Révolution-Consulat-Empire » du « Plumet ».

Habit dragon Extrait planche originale RigoÀ partir des années 1960, c’est en effet un siècle d’histoire militaire, de Louis XV à Napoléon, que « Rigo » retraça au travers de centaines de planches sur lesquelles se côtoient uniformes, armes, équipements, harnachements, instruments de musique, décorations, drapeaux, guidons et étendards. « Nous sommes une dizaine de peintres de l’Armée en France, mais je fais partie d’une espèce rare en terme d’uniformologie et de vexillologie », assurait-il, prenant soin d’ajouter que « son travail consistait à fouiller dans les documents d’époque à la Bibliothèque Nationale, à les déchiffrer, les mettre sous format avec un respect total des dimensions et des couleurs ». « Il faut que tout soit respectueux de la réalité d’époque », avait-il coutume d’affirmer.

La réalité d’époque.

S’en tenir à la réalité d’époque, c’est précisément la ligne adoptée par « Rigo » dans le cadre de son travail de représentation des uniformes des armées françaises, au travers du dessin comme de la figurine. A ce propos, on se souvient de ses fameuses récriminations dans les allées des concours figurinistiques, face à des pièces pourtant magistralement peintes, mais qui comportaient des erreurs – parfois grossières – quant à la véracité uniformologique. Son combat contre le « laisser aller » – qu’il avait, un temps, constaté chez certains peintres de figurines – était un véritable cheval de bataille, quitte à se créer quelques inimitiés. Mais en cela, il savait pouvoir compter sur le soutien de nombre d’autres figurinistes, « artistes complets, parfaitement doués, qui ne se contentent pas de peindre magnifiquement une figurine, mais connaissent parfaitement leur sujet ».

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Corps francs et compagnies franches de la Révolution (1792-1799) – 2e partie

Par Didier Davin, membre de la SEHRI.

La légion de Biron.

A la suite à la déclaration de guerre de la France à Autriche et à la Prusse (avril 1792), des compagnies d’éclaireurs républicains furent formées à Metz et placées sous le commandement du général Luckner. Au mois d’août, le général Biron leva des compagnies de « chasseurs du Rhin »  sur l’étendue de son commandement, bientôt rebaptisées « légion du Rhin » ou « de Biron ». Nombre d’anciens soldats issus des ex-régiments suisses rejoignirent ses rangs, tels l’adjudant-major Fritsch ‒ qui avait servi dans le régiment de Reinach ‒, ou le sous-lieutenant Ginchard, un ancien du régiment de Vigier.

L’organisation s’opéra selon des modalités définies par un décret de l’Assemblée Nationale [1], qui  précisait que :

Article 5 : Les généraux de l’Armée du Rhin sont autorisés à se faire délivrer sur leur réquisition une partie des carabines [2] fabriquées à Liège en 1790 sous la direction du citoyen Gorden et qui existent dans les magasins. Le ministre de la Guerre les enverra par la voie la plus prompte à l’armée du Rhin.

Article 6 : Le général de l’armée du Rhin est autorisé à former d’abord provisoirement dix compagnies de chasseurs exercés à se servir de cette arme.

Article 7 : Il est pareillement autorisé à habiller ces compagnies de chasseurs de la manière et la couleur qui lui paraîtront le plus économique.

Article 8 : Leur formation et leur solde seront conformes à celles décrétées pour les compagnies de chasseurs nationaux volontaires.

Barthélémy Ferino commandant légion de Biron
Barthélémy Férino, commandant la légion de Biron – Wikimedia Commons.

Formées en deux bataillons, ces compagnies furent placées sous le commandement du lieutenant-colonel Pierre Marie Barthélémy Férino, un Piémontais  ayant autrefois servi dans l’armée autrichienne. Le 13 décembre 1792, elles se trouvaient au nombre des troupes commandées par le général Custine.

En janvier 1793, passé à l’armée des Alpes, le général Biron réclama plusieurs fois à Pache, ministre de la Guerre, que ses chasseurs du Rhin lui fussent envoyés. Cette demande ne fut acceptée qu’au mois de mai, mais ne fut guère suivie d’effet. En mars 1793, les éclaireurs républicains furent incorporés dans les chasseurs du Rhin ; la légion du Rhin fut virtuellement dissoute. Dès lors, les chasseurs du Rhin furent engagés en Alsace, sur les deux rives du Rhin. Ils prirent ainsi part au combat de Herxheim, livré le 6 mai 1793.

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Corps francs et compagnies franches de la Révolution (1792-1799) – 1ère partie

Par Didier Davin, membre de la SEHRI.

A la déclaration de guerre au roi de Bohême et de Hongrie, le 20 avril 1792, l’infanterie légère s’avérait faiblement représentée dans les armées françaises : elle ne comptait en effet que 14 bataillons de chasseurs. La nécessité d’en augmenter rapidement les effectifs  en vue des opérations à venir était incontestable. Dès le 27 avril, des légions françaises inter-armes furent envisagées afin d’épauler les armées aux frontières. Elles comprenaient de l’infanterie, de la cavalerie légère et de l’artillerie. Furent créées des légions des Ardennes, du Nord, du Midi, du Rhin, des Pyrénées, du Centre … Des patriotes étrangers réfugiés en France formèrent, eux, des légions belge et liégeoise, batave,  allobroge ou germanique.

Le 28 mai, l’Assemblée Nationale décréta la formation de 54 compagnies franches  de 200 hommes, soldées, armées et habillées comme l’infanterie légère, autrement dit en vert. Les étrangers furent autorisés s’y engager. Le 21 juillet, devant la pénurie de drap vert, une décision édicta que ces corps seraient habillés de drap gris ou blanc. A la fin du mois, des compagnies de chasseurs républicains furent formées à l’aide de gardes nationaux volontaires venus pour la Fédération. Elles comprenaient un capitaine, un capitaine en second, trois sous-lieutenants, un sergent-major, quatre sergents, onze caporaux, quatre cornets et 124 chasseurs. Seuls quatre-vingt-dix chasseurs se mirent effectivement en campagne, les autres formant le dépôt. L’individualisme français aidant et l’enthousiasme patriotique débordant, toutes ces unités connurent un succès magnifique. Les départements rivalisèrent d’entrain pour mettre sur pied telles formations, si bien qu’à la fin de 1792, quinze légions, trente-trois bataillons francs et 250 compagnies franches ou de chasseurs nationaux avaient été constituées. La ville de Paris fournit à elle seule 19 compagnies franches.

Ces unités tinrent le rôle d’éclaireurs ou de « commandos », non sans un succès certain. Néanmoins, elles finirent par être regroupées sous la forme de bataillons de chasseurs, puis de demi-brigades d’infanterie légère régulière. Ce faisant, elles donnèrent naissance à un outil opérationnel envié par toute l’Europe 25 ans durant.

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1799-1801 : La légion des Francs du Nord

Par Didier Davin, membre de la SEHRI.

« Les frontières de la France sont au Rhin », écrivait Lazare Carnot. Et de fait, la rive gauche du Rhin était sous occupation militaire française depuis 1794. Celle-ci avait apporté à ces territoires une cohérence politique, judiciaire et économique qu’ils ignoraient auparavant, morcelés qu’ils étaient en de multiples et minuscules Etats plus ou moins souverains. Cependant, elle avait également amené son administration tatillonne, faisant peser de lourdes contraintes sur le pays. La barrière linguistique n’était guère un problème, puisque l’Alsace et le Luxembourg faisaient déjà partie de la République.

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Carte de l’Empire français en 1811 – Les départements de la rive gauche du Rhin sont encadrés en rouge.

En 1797, la mise en place d’une République-soeur avait fait son chemin, mais l’annexion de la Belgique conduisait à envisager le même sort pour les territoires allemands cisrhénans. Tel projet était soutenu par les notables locaux, qui, à tout prendre, préféraient devenir Français. L’année suivant, le territoire fut donc « officieusement » divisé en 4 départements : Roër, Rhin-et-Moselle, Mont-Tonnerre et Sarre. Cette procédure formait le prélude à une intégration complète, dont l’annonce était cependant différée afin de ménager la Prusse, disposant de petits fiefs dans la région.

Le 8 septembre 1799, le Directoire – en quête d’effectifs pour ses armées – invita les populations des départements « entre Meuse et Rhin et Rhin et Moselle » à concourir à la formation d’une légion des Francs du Nord. Simultanément, une somme fut mise à la disposition du ministre de la Guerre afin d’assurer les premiers frais d’équipement et de solde.

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1814 : Les dernières troupes polonaises de l’Empereur

Par Didier Davin, membre de la SEHRI.

Fin 1813, les troupes polonaises du duché de Varsovie ayant pris part à la retraite des Français furent réunies à Sedan pour une réorganisation des éléments actifs. Placés sous le commandement du général Pac, les cavaliers polonais furent rattachés à la cavalerie de la Garde Impériale lors des dernières opérations de la campagne de France, et ce jusque sous les murs de Paris. L’infanterie polonaise forma un régiment de la Vistule qui combattit également aux côtés des troupes françaises.

Correspondance de Napoléon. Au palais des Tuileries, le 18 décembre 1813.

Napoléon, Empereur des Français, Roi d’Italie, Protecteur de la Confédération du Rhin, Médiateur de la Confédération suisse, etc., nous avons décrété et décrétons ce qui suit :

ART. 1er Les corps de l’armée polonaise seront organisés de la manière suivante :

1° Deux régiments de lanciers, chaque régiment de quatre compagnies, chaque compagnie de 125 hommes. 1000

2° Un régiment d’éclaireurs de six escadrons, chacun 250 hommes. 1500
Le régiment de Krakus prendra le nom d’éclaireurs et fera le fond de ce régiment qui pourra être porté à dix escadrons s’il y a suffisamment d’hommes.

3° Un régiment de la Vistule de deux bataillons d’infanterie, organisé comme l’infanterie française et chaque bataillon de six compagnie. 1680

4° Une batterie d’artillerie à cheval qui sera attachée à la cavalerie.

5° Quatre compagnies d’artillerie à pied, qui seront formées et complétées. 500

6° Une compagnie de sapeurs.

Total : 4680

ART. 2 – Ces troupes seront payées par le département de la guerre à dater du 1er janvier 1814. Elles jouiront de la même solde et du même traitement que les troupes françaises.

ART. 3 – Il y aura, à Sedan, un dépôt général des troupes polonaises. Ce dépôt sera sous les ordres du général Dombrowski ; il sera commun aux 3 régiments de cavalerie, au régiment d’infanterie et aux troupes d’artillerie.

ART. 4 – Tous les officiers des différents corps polonais qui ne seront pas employés dans cette nouvelle organisation, qui voudront entrer dans la cavalerie ou dans l’infanterie française, et qui en feront la demande, seront employés dans leur grade au service de la France.

ART. 5 – Nos ministres de la Guerre, de l’administration de la Guerre et du Trésor, sont chargés de l’exécution du présent décret.

Napoléon.


Notes.

[1] Les deux régiments de lanciers étaient vêtus d’une kurtka de drap bleu. Celle-ci était distinguée d’écarlate pour le 1er régiment et de cramoisi pour le 2nd. Le reste de la tenue à la coupe des chevau-légers polonais de la Ligne.

[2] Les Krakus furent formés en janvier 1813, dans les territoires polonais échappant encore à l’occupation russe. Cette cavalerie « populaire », levée dans la paysannerie des alentours de Cracovie, fut organisée sous la forme d’un régiment à quatre escadrons totalisant 900 hommes montés sur de petits chevaux.

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Krakus, 1813 – Illustration originale de Jack Girbal, DR.

Chaque escadron portait le costume régional de sa « province », ou voivoidie : bleu pour la Posnanie, gris pour Cracovie. En outre, l’escadron de Cracovie portait la coiffe carrée traditionnelle des Polonais. Les ordres étaient donnés à l’aide d’un bountchouk, très similaire au toug des Ottomans. Il s’agissait d’une longue lance ornée de crins de cheval.

Les Krakus servirent avec le régiment de cuirassiers polonais. L’un de leurs premiers faits d’armes consista en la prise de l’étendard du régiment des cosaques de Grekov. L’Empereur les passa en revue en septembre 1813 et fut impressionné par l’endurance de cette « cavalerie pygmée ». Lors de la bataille de Wachau, les Krakus anéantirent un régiment de cosaques de la Garde Impériale russe. Dès lors, Poniatowski en fit son escorte personnelle. Après la mort du Prince, les Krakus retraitèrent avec l’armée française. Entre temps, ils avaient adopté une tenue bleue distinguée de carmin, avec les cartouchières cousues sur la poitrine et les toques ovales brodées de cordons blancs. A la fin de la campagne, un détachement de 200 Krakus ramena en Pologne la dépouille de Poniatowski.

Les dragons de la Manche : une unité de cavalerie face à la « crise fédéraliste » (1793-1794)

Par Didier Davin, membre de la SEHRI.

Parmi les nombreux corps de volontaires et unités franches levés par les départements durant la Révolution, les corps francs à cheval sont assurément les moins connus. Les dragons de la Manche figurent au nombre de ces unités éphémères, qui concoururent cependant à former la Nation, une cavalerie que l’Europe envia à la France pendant deux décennies.

En avril 1793, le département de la Manche projeta la formation d‘un escadron de cavalerie de type dragons. Fort de 204 hommes, il devait être levé par groupes de 20 à 30 hommes dans les différents districts du département. Dès le 3 mai, le directoire départemental procéda à la nomination des officiers. Contrairement à l’habitude, ils ne furent donc pas nommés par la troupe. Le chef d’escadrons était le citoyen Le Tellier, originaire de St Lô. Les capitaines Le Vastois et Dubosq, les lieutenants Huard-Boitôt, Le Tellier et Le Testu étaient tous issus de la garde nationale. La solde fut fixée à 20 sols pour les cavaliers, à 27 pour les brigadiers, à 35 pour les maréchaux des logis, à 100 pour les sous-lieutenants et à 350 pour les lieutenants.

Le 16 mai, les premiers effectifs se réunirent à Saint-Lô. Il fallait lever les hommes mais également fournir leur remonte. Des réquisitions permirent de réunir 213 chevaux entre avril et septembre. Une nouvelle levée de 360 hommes fut rapidement décidée, mais des difficultés pour atteindre les quotas fixés se firent sentir. Puysaye, adjudant-général et commissaire pour le recrutement, jugeait les cavaliers «  beaux et superbes ».

Tandis que se formaient les dragons de la Manche, la Convention – soumise à la pression des sans-culottes parisiens ‒ vota l’arrestation des députés girondins. Ces derniers se réfugièrent en province et tentèrent d’y lever des troupes pour faire face au coup de force survenu dans la capitale. S’ajoutant à l’insurrection vendéenne, le mouvement fédéraliste venait de naître.

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