1794 : les Père Duchesne de l’Ain

Père Duchesne entête journal

Le 28 nivôse an II, arrive dans l’Ain le Conventionnel Albitte. Pour cette mission en province, il est accompagné par Dorfeuille, Millet et Bonnerot, tous trois commissaires civils et journalistes de profession. La mission d’Albitte dans le département « entraîne derrière elle la création d’une presse politique jacobine, partisane et propagandiste » visant à soutenir la politique révolutionnaire.

C’est dans ce contexte que paraissent deux numéros du Père Duchesne, le Cadet et un numéro du Cousin du Père Duchesne. Ces deux feuilles, in octavo, comptent  8 pages. Le Cadet est rédigé par Dorfeuille et Millet, sans doute assistés d’Alban – élu maire de Bourg en pluviôse an II – et du notable Duclos. Quant au Cousin, il est créé par Millet et Bonnerot à Trévoux en ventôse an II. Son impression est confiée à Pierre Benard, installé aux halles de la Grenette à Lyon. Ces journaux sont gratuits et distribués à profusion dans l’Ain (pour le Cadet) et dans la Dombes (pour le Cousin). Le Cadet est ainsi envoyé à toutes les sociétés populaires du département ainsi qu’à l’ensemble des administrations – districts, municipalités et comités de surveillance – via la correspondance officielle.

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Intérieur d’un comité de surveillance sous la Terreur – Gravure de Claude-Nicolas Malapeau, d’après un dessin d’Alexandre-Evariste Fragonard, 1797. 

De la sorte, ces deux parutions constituent des supports officiels de la politique révolutionnaire mise en place dans l’Ain. Elles visent explicitement à toucher le plus grand nombre de personnes – par leur gratuité et leur lecture en commun –, ainsi qu’à diffuser des messages politiques simples. Ainsi, si le premier numéro du Cadet, paru en pluviôse an II, vise à instruire les habitants de l’Ain – et de Bourg plus particulièrement – de l’état politique dans le département, tout autant que des mesures à prendre pour y remédier, le second numéro tend plutôt à expliquer et à justifier les décisions mises en oeuvre. L’impact de ces journaux sur la sans-culotterie locale paraît assez fort, tout comme est importante leur diffusion dans le département. En effet, on estime à 2000 le nombre d’exemplaires imprimés pour chacun de ces titres. « Le père Duchesne le Cadet et le miracle de la Sainte Aumelette ne pourrait que produire un très bon effet, nous nous sommes empressés d’en faire l’envoi », se réjouit ainsi un membre d’une société populaire locale. 

Sans doute ces feuilles ont-elles été fondées dans l’espoir que leur parution se perpétue. Cependant, en raison des tensions politiques survenues à Paris en ventôse et germinal an II et du vent de modération qui se fait simultanément sentir dans l’Ain, leur parution est brutalement stoppée. Ces essais de création de journaux à l’échelon départemental constituent donc des échecs patents.

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