Les hussards de la mort, une existence éphémère

Par Jérôme Croyet, président de la SEHRI.

Un décret du 12 juin 1792 prévoit la formation, à Paris, de deux compagnies de hussards, composées de jeunes gens s’équipant et se montant à leurs frais. Au cours de l’été, cet escadron prend le nom de « hussards de la mort », en réponse à la menace que fait alors planer sur Paris le duc de Brunswick. Les premiers cavaliers rejoignent l’unité dès le 28 juillet et sont cantonnés à l’Ecole militaire. Leurs montures proviennent de la cavalerie de la garde constitutionnelle du roi, dissoute trois mois auparavant. L’’escadron compte théoriquement 110 hommes. Toutefois, à son entrée en campagne, il totalise 70 hommes dans la 1ère compagnie et 61 dans la 2nde.

Cavalier des hussards de la mort 1792
Cavalier des hussards de la mort, 1792-1793 – Aquarelle originale de Steven Palatka. 

Le décret du 28 juillet 1792 réglemente l’uniforme des hussards de la mort et impose un signe de reconnaissance terrifiant, sans doute emprunté au 5ème régiment de hussards prussiens : deux tibias croisés surmontés d’une tête de mort. Sur leur dolman – comptant cinq rangées de boutons [1] –, les hussards portent une pelisse noire bordée de fourrure de même couleur et dotée d’une doublure blanche et de cordons bicolores. Tous les galonnages sont également bicolores et les boutons, en étain. Les hussards de la mort portent une ceinture-écharpe de laine noire à passants blancs, mise au point par l’ordonnance de 1786. Celle-ci mesure 2,56 m et fait trois fois le tour de la taille du cavalier. Le pantalon de cheval, en drap noir, boutonne latéralement. Les bottes sont dotées d’éperons en acier. Les hussards de la mort sont coiffés d’un mirliton. Le plumet est bicolore, le blanc à la base. La flamme, noire et bordée de blanc, est enroulée autour du shako en campagne, mais est portée tombante lors des parades et revues. Des inscriptions telles que « la liberté ou la mort » sont parfois brodées sur la flamme. Contrairement à ce qui se pratiquait depuis 1786, nombre d’unités de cavalerie légère portent le plumet à gauche en 1792-1793 ; l’escadron ne fait pas exception. Le sabre est du modèle 1786. La schabraque est en peau de mouton blanc. Valmont donne, pour sa part, une schabraque de mouton noir, normalement réservée aux seuls trompettes. Le porte-manteau de drap noir, est galonné de fil blanc.

L’escadron quitte Paris le 2 septembre 1792, sous les encouragements de la foule, et se rend à l’armée du centre, sous les ordres du général Kellermann. Ils assistent à la bataille de Valmy, puis participent à la prise  de Longwy et de Verdun le 1er octobre. Le 5 décembre, ils prennent Sarrebourg, le 13, Pilligen, avant d’échouer devant Trèves. Durant l’hiver 1792, alors que ses effectifs sont fortement amoindris, l’escadron prend ses quartiers d’hiver à Sarrelouis. Conscients de ne plus être en mesure de combattre en raison de la faiblesse de leurs effectifs, les hussards de la mort adressent une pétition à la Convention, dans laquelle ils demandent à être réunis à un régiment de chasseurs à cheval. En 1793, l’unité cantonne à Thionville, Toul et Phalsbourg. C’est là que, le 13 mars, elle reçoit l’ordre de se rendre à Fontainebleau pour être amalgamé au 13ème régiment de chasseurs à cheval. Durant le trajet, le capitaine Bonnet est emprisonné à Nancy pour incompétence, le 11 avril. Le 25, les hussards de la mort arrivent à Fontainebleau – où ils sont passés en revue par le Conventionnel Châteauneuf-Randon -, avant d’être supprimés quelques jours plus tard.


Notes.

[1] Alors que les régiments de hussards réguliers n’en ont que trois.

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