1813-1814 : les gardes d’honneur

Par Jérôme Croyet, président de la SEHRI.

Par un sénatus-consulte du 3 avril 1813, l’Empereur crée quatre régiments de gardes d’honneur. Cette décision impériale vise à reconstituer la cavalerie légère de la Grande Armée, décimée durant l’effroyable retraite de Russie. Ces quatre régiments doivent totaliser entre 5000 et 10000 hommes. Les cavaliers qui les composent ne sont ni des conscrits malchanceux, ni des rappelés, mais bien des volontaires payant leur uniforme, leur armement et leur harnachement. Le premier régiment de gardes d’honneur a son dépôt à Versailles, le second à Metz, le troisième à Tours et le quatrième à Lyon. Ce dernier recrute principalement dans les départements du sud-est de la France.

Organisation.

L’état-major du 4e régiment est composé d’un colonel, de 2 majors, de 10 chefs d’escadron, d’un capitaine inspecteur, d’un quartier-maître, de 10 sous-adjudants major – qui auront le grade de lieutenant en premier -, de 2 chirurgiens-major, de 4 chirurgiens aides-major, de 4 chirurgiens sous-aides major, d’un vaguemestre, d’un sous-inspecteur – avec le grade de maréchal des logis chef -, de 10 vétérinaires, d’un trompette major, de 9 brigadiers-trompettes, d’un tailleur, d’un culottier, d’un bottier, d’un armurier, d’un sellier, d’un éperonnier et de 2 maréchaux-ferrants.

Le régiment compte 10 escadrons, formés chacun de 2 compagnies. Chacune d’entre-elles comporte un capitaine, un lieutenant en premier, un lieutenant en second, un maréchal des logis-chef, 4 maréchaux des logis, un brigadier-fourrier, 8 brigadiers, 2 maréchaux-ferrants, 100 gardes d’honneur et 2 trompettes ; ce qui porte l’effectif d’une compagnie à 122 hommes et 127 chevaux. L’unité dispose, en théorie, de 2500 hommes et de 2696 chevaux, soit le double de celui d’un régiment de hussards.

Un uniforme seyant.

Les hommes du 4e régiment sont vêtus, équipés et armés « à la hussarde ». Pour les hommes de troupe,

la pelisse sera vert foncé, doublée de flanelle blanche, bordure des bords et du collet, boudin et tour de manches en peau noire, gants olive et tresses blanches. Le fond du dolman sera vert foncé, doublé de toile à la partie supérieure, et de peau rouge à la partie inférieure, avec collet et parements écarlates, tresses du collet, des fausses poches, et des parements de la même couleur que celle de la pelisse. La culotte hongroise sera en drap rouge avec tresses blanches. Les boutons seront blancs. La ceinture sera fond cramoisi avec garnitures blanches.

Cavalier des gardes d'honneur planche Martinet 1813
Cavalier du 1er régiment de gardes d’honneur – Planche du libraire-imprimeur Aaron Martinet, 1813, photo collection privée. 

La tenue des gardes d’honneur est similaire à celle portée, jusqu’en 1812, par le 8e régiment de hussards. Le shako – recouvert de drap rouge – s’agrémente d’un galon blanc, d’un plumet vert au sommet blanc parfois fiché dans un pompon à la couleur de la compagnie. La plaque argentée est du modèle à soubassement adopté en 1812. Par ignorance, ou plus sûrement par bravade, les gardes d’honneur se déclarent rattachés à la Garde Impériale. Par conséquent, ils prennent l’habitude de placer les raquettes du côté gauche de leur shako. Ce cordon-raquette est retenu à la coiffure soit par des attaches en étoile, soit par un fil de couleur, cousu à demeure.

A ce shako, s’ajoutent plusieurs autres pièces d’équipement communes à la cavalerie légère impériale :

  • Un bonnet de police vert, soutaché d’écarlate et d’un galon blanc sur la partie supérieure du turban.
  • Un gilet en drap rouge, galonné de blanc, et comptant 18 rangées de tresses blanches à 5 boutons chacune.
  • Un charivari – ou pantalon de cheval -, confectionné en drap vert et fermé de chaque côté par 18 gros boutons cousus sur une bande de drap rouge. L’entrejambe est doublé en cuir sur toute la longueur. Les bottes « à la hongroise » sont galonnées de blanc.
  • Une veste d’écurie en drap vert, fermée par 15 boutons, et un pantalon d’écurie complètent la tenue de travail.
  • Un manteau de drap vert, à collet droit, et une sabretache de cuir noir à l’aigle et au numéro 4 argentés, complètent l’habillement.
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Sabretache d’un cavalier du 4ème régiment de gardes d’honneur – Ancienne collection André Lévi, photo Bertrand Malvaux.

Le recrutement dans les départements.

L’aire de recrutement du 4e régiment s’étend sur 40 départements, tant français qu’étrangers : la Haute-Saône, le Doubs, le Jura, l’Ain, le Mont-Blanc, l’Isère, la Drôme, les Hautes-Alpes, le Léman, le Simplon, les Basses-Alpes, les Alpes-Maritimes, le Vaucluse, les Bouches-du-Rhône, le Var, l’Ardèche, le Gard, la Lozère, l’Hérault, le Tarn, l’Aveyron, le Rhône, la Loire, le Cantal, le Puy de Dôme, la Haute-Loire, le Cher, l’Indre, l’Allier, la Creuse, la Nièvre, la Haute-Vienne, la Corse, le Pô, la Stura, la Sesia, la Doire, l’Ems Supérieur, les Bouches-du-Veser et les Bouches-de-l’Elbe.

Le contingent de chaque département est fixé par le décret du 5 avril. Il appartient au préfet d’utiliser les moyens qu’il juge convenables pour parvenir à réunir les effectifs demandés. Préfets et sous-préfets font d’abord appel aux volontaires des familles bourgeoises. Si le besoin s’en fait sentir, un complément est désigné d’office. Cette autorité préfectorale est très vite ressentie comme arbitraire par les individus les plus aisés :

Ce qu’il [Napoléon] ne dit pas, les instructions ministérielles l’ont osé. Elles donnent aux préfets le droit de choisir qui ils veulent parmi les jeunes gens atteint par cette mesure, de taxer arbitrairement ceux qui se rachètent de cette levée, soit comme étant d’une santé trop faible, soit comme fils unique. Cette double concession d’arbitraire sur les personnes et sur les propriétés a été jugée être ce qu’elle est, du despotisme pure.

En effet, les familles aisées n’ayant pas d’aspirant paient une taxe versée à un fonds commun permettant d’équiper les volontaires provenant de familles modestes. Puisque tous les futurs gardes d’honneur doivent avoir concouru à la conscription, les procédures remplacement s’avèrent impossibles.

Le préfet décide de la validité de l’enrôlement du volontaire. De fait, de nombreux candidats se retrouvent écartés pour diverses raisons : inaptitude pour le service, soutien de famille, santé aléatoire … Reste que les colonels des régiments peuvent – pour des raisons personnelles, ou d’ordre moral, religieux ou politique – interdire l’intégration d’une recrue  à leur unité. Saint-Sulpice fait ainsi prévaloir ses opinions religieuses et politiques en refusant qu’un jeune aspirant – nanti d’une grande fortune mais de confession juive – ne rejoigne le 4e régiment de gardes d’honneur. De même, il demande aux nouvelles recrues de lui fournir un certificat de bonne vie et mœurs, son unité devant – selon ses dires – rassembler « l’élite des départements ».