Faire la lessive autrefois

Par Yann Cruiziat, professeur au lycée de la Plaine de l’Ain (Ambérieu) et professeur au service éducatif des Archives Départementales de l’Ain.

Au début du XIXe siècle, chaque quartier disposait d’un lavoir, lieu privilégié où s’assemblaient les femmes pour blanchir le linge. Le lavage – appelé  la « coulée » – se déroulait à domicile, selon un rythme biannuel. Aucune lessive n’était faite durant la semaine sainte pas plus que le vendredi saint, la religion catholique interdisant toute activité pendant ces périodes. A ce respect de la religion, s’ajoutait une superstition : si on lavait lors de la semaine sainte, la mort ferait son oeuvre dans la famille. Les linges lavés auraient formé le linceul du défunt.

Blanchisseuse Chardin 1801.jpg
Jean-Siméon Chardin – La blanchisseuse et son cuvier, années 1730.

Pour la coulée, la ménagère disposait d’un cuvier posé sur un trépied. Dans le cuvier – percé en son fond-, la ménagère plaçait d’abord le linge le plus sale, puis les chemises, les tabliers ou les torchons. Elle étalait ensuite le fleurier, un drap en chanvre très épais qui devait laisser passer le lissieu. La ménagère obtenait ce dernier en chauffant une grande quantité d’eau dans une chaudière. L’eau était versée dans le cuvier, sur la cendre de bois posée préalablement sur le fleurier. Le lissieu ainsi préparé s’écoulait à travers le linge, pour atteindre le fond du cuvier percé d’un trou, toutefois obstrué par un bouchon de paille au travers duquel s’infiltrait le lissieu. Ce dernier retombait dans un récipient en bois placé sous le cuvier. Ainsi récupéré, il était réchauffé dans la chaudière et reversé de plus en plus chaud sur le fleurier. Cette opération se déroulait ainsi pendant deux journées complètes.

Paysage animé blanchisseuses .jpg
Anonyme, école française du XVIIIe siècle – Scène animée de pêcheurs et de lavandières. Expetissim.com.

La coulée achevée, la ménagère se rendait au lavoir, qu’elle avait préalablement nettoyé. Parfois, ce nettoyage entraînait des heurts, notamment dans le cas où une autre ménagère profitait de la propreté du lieu avant celle qui avait tout préparé. Si personne n’avait sali le lavoir, la ménagère revenait avec sa grande corbeille, pleine de linge, et transportée sur une brouette. Une fois installée, elle frottait – à l’aide d’une brosse – le linge sur un plan incliné. Quant tout était frotté, elle étendait le linge sur une corde de chanvre accrochée à deux arbres, ou le déposait sur des haies. Les draps étirés séchaient ainsi sans être repassés. Ce travail achevé, toutes les ménagères présentes partageaient leur casse-croûte.

Publicités