Hiver 1809 : La division Molitor dans l’Ain et la Saône-et-Loire

 

Troupes en marche Louis Frégier
Troupes en marche – Dessin original de Louis Frégier.

Avant de se couvrir de gloire sur les champs de bataille d’Essling et de Wagram à l’été 1809, la division Molitor [1] traverse la France afin de rejoindre la Grande Armée. Sa marche la conduit dans les départements de l’Ain et de la Saône-et-Loire aux premiers jours de l’hiver 1808-1809.

De l’Ain (décembre 1808) …

Le 21 décembre 1808, le préfet de l’Ain prend des mesures en prévision du passage de la division dans le canton de Méximieux. De la sorte, les troupes doivent être réparties « un tiers de chaque corps et tout l’état-major à Méximieux, un tiers à Loyes, un ½ tiers à Pérouges, un ½ tiers au Bourg-Saint-Christophe » [2]. En outre, la commune de Méximieux s’engage à fournir un guide, chargé d’orienter les différents détachements vers leurs cantonnements respectifs.

Le 29, le préfet annule son arrêté de répartition édicté le 21 pour en prendre un nouveau, allégeant la charge supportée par les petites communes et concentrant les cantonnements à Méximieux et ses périphéries proches. Le 30, le 14e régiment de chasseurs à cheval est le premier à établir ses bivouacs à Méximieux [3]. Le 2 janvier 1809, c’est au tour du 2e régiment d’infanterie de ligne d’y arriver. L’état-major régimentaire et un bataillon y cantonnent ; le reste de l’unité est dispersée entre Loyes [4], Pérouges et Bourg Saint-Christophe. Le lendemain, le 37e régiment d’infanterie de ligne fait également étape dans la commune [5], tout comme le 16régiment d’infanterie de ligne [6], le surlendemain. « Les 6, 7 et 8, les troupes d’artillerie de la division et les 3e et 19régiments de chasseurs à cheval [sont] en entier à Méximieux » [7]. Ces troupes quittent Méximieux par échelons dans les premiers jours de janvier 1809 : le 2e régiment d’infanterie de ligne le 2, le 37e régiment d’infanterie de ligne le 3, le 16e régiment d’infanterie de ligne le 4, le 67e régiment d’infanterie de ligne le 5, enfin l’artillerie et le train le 6. Elles prennent alors la direction de Mâcon, en Saône-et-Loire.

… A la Saône-et-Loire (début janvier 1809).

Le 26 décembre 1808, le ministre de la Guerre informe le préfet de Saône-et-Loire de l’arrivée imminente de la division Molitor dans son département. De fait, le 31 décembre 1808, le conseil municipal de Mâcon se réunit en séance extraordinaire sur convocation du préfet. Ce dernier lui annonce le passage d’une « portion de ces braves » [8], qui doivent être accueillis avec « l’appareil dû à des militaires couverts de lauriers » [9]. Afin de leur rendre les honneurs et de « leur donner une preuve éclatante des sentiments qui animent la municipalité », cette dernière est invitée à marquer le passage des troupes par des fêtes et des réjouissances, comme « dans les [autres] villes où s’effectue le passage » [10] des troupes de la Grande Armée. A l’évidence, le préfet cherche non seulement à rendre hommage aux soldats, mais également à matérialiser l’engouement de la population civile pour l’armée « que [nous] suivîtes, dans la pensée, sur les bords de l’Oder et de la Vistule, et dont [nous] calculâtes, avec tant de sollicitudes, les dangers et les privations » [11]. Vivement applaudie, la proposition du préfet enthousiasme le maire. De fait, celui-ci est autorisé à faire disposer un repas, sous forme d’une « table d’hôte » [12] et à organiser – dans le principal salon de l’hôtel de ville – une réception des officiers de la division le jour de leur arrivée. Les hommes de troupe reçoivent, eux, une bouteille de vin [13] et une ration de viande [14]. Les dépenses engendrées sont à la charge de la commune. Le 1er janvier, cette délibération est approuvée par la préfecture. Le 7, le maire de Mâcon est autorisé à payer les frais qu’impliquent la réception de la division Molitor en piochant dans les fonds destinés à la reconstruction de l’église communale. En outre ce passage massif de troupes a soulevé le problème des fournitures de fourrage destinées aux chevaux du train. Telle situation conduit d’ailleurs le préfet à décréter qu’à l’avenir, ces approvisionnements seraient réquisitionnés, comme cela avait déjà été le cas en l’an II.


Notes.

[1] La division Molitor fait partie du 4e corps commandé par le maréchal Masséna. Elle compte 10 bataillons, totalisant 7200 hommes. Elle est composée de 2 brigades d’infanterie de ligne et d’une artillerie divisionnaire. La première brigade est commandée par le général Legay et comprend 2 bataillons du 2e régiment d’infanterie de ligne pour (1440 hommes) et 3 bataillons du 16e régiment d’infanterie de ligne (2160 hommes). La seconde brigade est commandée par le général Raymond-Viviès et compte 3 bataillons du 37e régiment d’infanterie de ligne (2160 hommes) ainsi que 2 bataillons du 67e régiment d’infanterie de ligne (1440 hommes). L’artillerie divisionnaire est composée de la 8compagnie du 2e régiment d’artillerie à pied et de la 1ère compagnie du 4e régiment d’artillerie à cheval.

[2] Archives Départementales de l’Ain, 1R 1039.

[3] L’unité est forte de 380 hommes et 370 chevaux.

[4] 2 compagnies du 2e régiment d’infanterie de ligne cantonnent à Loyes, 2 à Pérouges et 2 à Bourg Saint-Christophe.

[5] 3 compagnies logent à Loyes, 3 autres à Pérouges, 3 autres à Bourg Saint-Christophe et  l’état-major à Méximieux.

[6] 3 compagnies à Loyes, 4 à Pérouges, 3 à Bourg Saint-Christophe et le reste à Méximieux.

[7] Archives Départementales de l’Ain, 1R 1039.

[8] Archives Communales de Mâcon, Extrait des délibérations de la ville de Mâcon, 31 décembre 1808.

[9] Archives Communales de Mâcon, Lettre du préfet de Saône-et-Loire au maire de Mâcon, 1er janvier 1809.

[10] Archives Communales de Mâcon, Extrait des délibérations de la ville de Mâcon, 31 décembre 1808.

[11] Ibid.

[12] Archives Communales de Mâcon, Lettre du préfet de Saône-et-Loire au maire de Mâcon, 1er janvier 1809.

[13] La bouteille de vin revient à 15 centimes environ.

[14] Coûtant 10 centimes, cette ration correspond à 250g de viande.