Corps francs et compagnies franches de la Révolution (1792-1799) – 2e partie

Par Didier Davin, membre de la SEHRI.

La légion de Biron.

A la suite à la déclaration de guerre de la France à Autriche et à la Prusse (avril 1792), des compagnies d’éclaireurs républicains furent formées à Metz et placées sous le commandement du général Luckner. Au mois d’août, le général Biron leva des compagnies de « chasseurs du Rhin »  sur l’étendue de son commandement, bientôt rebaptisées « légion du Rhin » ou « de Biron ». Nombre d’anciens soldats issus des ex-régiments suisses rejoignirent ses rangs, tels l’adjudant-major Fritsch ‒ qui avait servi dans le régiment de Reinach ‒, ou le sous-lieutenant Ginchard, un ancien du régiment de Vigier.

L’organisation s’opéra selon des modalités définies par un décret de l’Assemblée Nationale [1], qui  précisait que :

Article 5 : Les généraux de l’Armée du Rhin sont autorisés à se faire délivrer sur leur réquisition une partie des carabines [2] fabriquées à Liège en 1790 sous la direction du citoyen Gorden et qui existent dans les magasins. Le ministre de la Guerre les enverra par la voie la plus prompte à l’armée du Rhin.

Article 6 : Le général de l’armée du Rhin est autorisé à former d’abord provisoirement dix compagnies de chasseurs exercés à se servir de cette arme.

Article 7 : Il est pareillement autorisé à habiller ces compagnies de chasseurs de la manière et la couleur qui lui paraîtront le plus économique.

Article 8 : Leur formation et leur solde seront conformes à celles décrétées pour les compagnies de chasseurs nationaux volontaires.

Barthélémy Ferino commandant légion de Biron
Barthélémy Férino, commandant la légion de Biron – Wikimedia Commons.

Formées en deux bataillons, ces compagnies furent placées sous le commandement du lieutenant-colonel Pierre Marie Barthélémy Férino, un Piémontais  ayant autrefois servi dans l’armée autrichienne. Le 13 décembre 1792, elles se trouvaient au nombre des troupes commandées par le général Custine.

En janvier 1793, passé à l’armée des Alpes, le général Biron réclama plusieurs fois à Pache, ministre de la Guerre, que ses chasseurs du Rhin lui fussent envoyés. Cette demande ne fut acceptée qu’au mois de mai, mais ne fut guère suivie d’effet. En mars 1793, les éclaireurs républicains furent incorporés dans les chasseurs du Rhin ; la légion du Rhin fut virtuellement dissoute. Dès lors, les chasseurs du Rhin furent engagés en Alsace, sur les deux rives du Rhin. Ils prirent ainsi part au combat de Herxheim, livré le 6 mai 1793.

Chasseur Légion de Biron Henri BoisselierNommé général de brigade le 20 juillet 1793, puis de division ‒ le mois suivant ‒ et commandant l’avant-garde de l’armée du Rhin, Férino retrouva ses chasseurs en octobre. Deux mois plus tard, ces derniers cantonnaient devant les lignes de Wissembourg. Les chasseurs du Rhin furent finalement versés dans la 16e bis demi-brigade d‘ infanterie légère le 1er messidor an III.

Tout de vert vêtus et coiffés d’un chapeau noir à bord relevé, les chasseurs du Rhin ressemblaient à leurs homologues tyroliens. Un petit maillet leur permettait de forcer la balle dans le canon de leur carabine, tandis qu’une fourche leur servait à caler le canon en position de tir.


Notes.

[1] Décret relatif aux mesures prises par les généraux de l’armée du Rhin pour la défense des frontières, 25 juillet 1792.

[2] La carabine d’infanterie, arme de précision par rapport au fusil traditionnel, possède un canon  plus court à pans rayures internes. En outre, elle est légèrement  tromblonée à son extrémité. La balle devait être forcée dans le canon à l’aide d’une baguette et d’un maillet. La précision de cette arme compensait sa faible cadence de tir, conséquence d’une procédure de chargement complexe. Afin d’assurer la stabilité du tir, la carabine était fréquemment appuyée sur une fourche. Les Belges étaient réputés excellents armuriers ; de même, les Autrichiens enrôlèrent des chasseurs belges, armés d’une carabine à double canon, un lisse et un rayé. En 1790, la France acquit par conséquent un certain nombre de carabines étrangères. En outre, impressionnés par les dommages causés par les tireurs d’élite adverses, les généraux français décidèrent d’attribuer la carabine à certaines unités d’infanterie légère. Divers corps francs, un bataillon de la légion des Allobroges, le 28e bataillon d’infanterie légère  et les compagnies de chasseurs « bon tireurs » furent du nombre. En 1794, la République entama la production de sa propre carabine d’infanterie à la manufacture d’armes de Versailles.

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2 réflexions sur “Corps francs et compagnies franches de la Révolution (1792-1799) – 2e partie

  1. Très intéressant. J’ai eu l’occasion de dépouiller le dossier du général Férino. Il figure au (ancienne dénomination) sous le n° 7 Yd 224. Ce dossier a également été microfilmé en 1962. J’ai trouvé également à l’institut de France une lettre du Gl comte Férino à la Veuve Merlino du 21 mai 1811.

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