Corps francs et compagnies franches de la Révolution (1792-1799) – 1ère partie

Par Didier Davin, membre de la SEHRI.

A la déclaration de guerre au roi de Bohême et de Hongrie, le 20 avril 1792, l’infanterie légère s’avérait faiblement représentée dans les armées françaises : elle ne comptait en effet que 14 bataillons de chasseurs. La nécessité d’en augmenter rapidement les effectifs  en vue des opérations à venir était incontestable. Dès le 27 avril, des légions françaises inter-armes furent envisagées afin d’épauler les armées aux frontières. Elles comprenaient de l’infanterie, de la cavalerie légère et de l’artillerie. Furent créées des légions des Ardennes, du Nord, du Midi, du Rhin, des Pyrénées, du Centre … Des patriotes étrangers réfugiés en France formèrent, eux, des légions belge et liégeoise, batave,  allobroge ou germanique.

Le 28 mai, l’Assemblée Nationale décréta la formation de 54 compagnies franches  de 200 hommes, soldées, armées et habillées comme l’infanterie légère, autrement dit en vert. Les étrangers furent autorisés s’y engager. Le 21 juillet, devant la pénurie de drap vert, une décision édicta que ces corps seraient habillés de drap gris ou blanc. A la fin du mois, des compagnies de chasseurs républicains furent formées à l’aide de gardes nationaux volontaires venus pour la Fédération. Elles comprenaient un capitaine, un capitaine en second, trois sous-lieutenants, un sergent-major, quatre sergents, onze caporaux, quatre cornets et 124 chasseurs. Seuls quatre-vingt-dix chasseurs se mirent effectivement en campagne, les autres formant le dépôt. L’individualisme français aidant et l’enthousiasme patriotique débordant, toutes ces unités connurent un succès magnifique. Les départements rivalisèrent d’entrain pour mettre sur pied telles formations, si bien qu’à la fin de 1792, quinze légions, trente-trois bataillons francs et 250 compagnies franches ou de chasseurs nationaux avaient été constituées. La ville de Paris fournit à elle seule 19 compagnies franches.

Ces unités tinrent le rôle d’éclaireurs ou de « commandos », non sans un succès certain. Néanmoins, elles finirent par être regroupées sous la forme de bataillons de chasseurs, puis de demi-brigades d’infanterie légère régulière. Ce faisant, elles donnèrent naissance à un outil opérationnel envié par toute l’Europe 25 ans durant.

Etude de cas : la compagnie des Bons Tireurs du Haut-Rhin.

Suite au décret de formation des compagnies franches, le département du Haut-Rhin décida d’organiser sa propre unité de 150 hommes ; ce fut chose faite le 22 juin 1792. Le citoyen Frédéric Klingenhoff fut chargé de recruter la compagnie. Deux mois après avoir été constituée, cette dernière totalisait 92 hommes. Pour stimuler les vocations, la haute paye fut octroyée à tous ceux qui par leur zèle, leur adresse et leur courage, se distingueraient. L’unité tint garnison à Colmar, où elle assura des patrouilles.

Chasseur de Biron 1793 aquarelle d'Henri Boisselier
Chasseur de la légion de Biron, 1792 – Aquarelle originale d’Henri Boisselier, collection particulière.

Le directoire départemental se chargea de fournir l’uniforme et demanda au général d’Harambure, commandant le département, l’autorisation d’acquérir les fournitures nécessaires. Cent hommes  furent habillés de vert – habit, veste et culotte – et armés d’une carabine à baïonnette, d’un pistolet et d’un poignard. Cinquante autres furent habillés en gris et dotes d’une arquebuse, d’un pistolet et d’un sabre. Tel habillement s’expliquait par la vocation de ces chasseurs : agir en véritables snipers, chargés de missions d’éclairage et de harcèlement à distance de l’adversaire. Le reste de leur équipement et uniforme était commun aux deux fractions de l’unité : chapeau noir, ceinturon, sac de chasse en cuir, demi-guêtres, cornet à poudre, sifflet destiné à la transmission des ordres. En outre, un manteau de drap gris, descendant jusqu’au genou, fut alloué à chacun des hommes. De la sorte, ceux-ci ressemblaient beaucoup aux chasseurs du Rhin de Biron et à des homologues helvétiques ou germaniques.

Entre septembre et octobre, 201 hommes furent recrutés et organisés en divisions de 50 hommes. Elu capitaine, Khlingenoff fit partir la 1ère division, aux ordres du lieutenant Koffer,  dès le 4 septembre 1792. Elle marcha sur Kuensheim, une localité attenante au Rhin. Dans le courant du mois d’octobre, le général d’Harambure opéra une revue générale. En cette occasion, 50 hommes furent réformés, ramenant l’effectif définitif de l’unité à 150 hommes. Quat à la 2e division, elle comptait un caporal hongrois et un Allemand. La 3e division accueillait en son sein deux caporaux suisses et un Allemand. Le 16 octobre, Klingenhoff demanda qu’un capitaine en second lui fût adjoint ; le capitaine Demange fut désigné. A la même époque, la compagnie fut définitivement dénommée « Bons Tireurs du Haut-Rhin ». En novembre, le maréchal de camp commandant les troupes d Huningue s’en montra très satisfait, si bien qu’on promit aux « Bons Tireurs » trois livres par soldat autrichien abattu et une solde en numéraire, à une époque où les assignats étaient rois.

Décret compagnie Bons Tireurs du Haut Rhin 1793
Décret du 5 mai 1793 relatif aux « Bons Tireurs du Haut-Rhin » – Collection particulière.

En 1793, la compagnie fut envoyée à l’armée du général Custine. Au mois de mars, elle se trouvait à Mayence. Par décret du 5 mai, la Convention réorganisa l’unité et décréta que, dorénavant, les soldats devraient payer leur uniforme au moyen de leur solde. En octobre, les « Bons Tireurs » firent étape à Besançon, où leur fut délivré un nouvel uniforme. Seuls 83 hommes, commandés par le lieutenant Rumpler, étaient présents au corps. Ils furent alors envoyés aux frontières de la Suisse, pour y être versés dans le15e bataillon bis de chasseurs.


Bibliographie.

  • Journal militaire, années 1792 et 1793.
  • Etat militaire de France, année 1793.
  • « Etude sur les gardes nationales et les levées de troupes dans le Haut-Rhin pendant la Révolution », Bulletin de la société belfortaine d’émulation, 1914.
  • Rousset, Camille, Les volontaires, 1791-1794.

 

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