Les carnets d’ordres d’Eugène de Beauharnais – Partie 1 (1800-1802)

eugene-de-beauharnais-mathieu-ignace-van-breeDu 7 février 1800 au 31 octobre 1804, Eugène de Beauharnais coucha scrupuleusement sur dix carnets l’ensemble des ordres donnés aux chasseurs et aux grenadiers à cheval de la Garde des Consuls.

C’est une sélection de ces textes – d’un rare intérêt historique et uniformologique – que la SEHRI vous propose de (re)découvrir dès à présent. La première partie des retranscriptions concerne la période courant de janvier 1800 à décembre 1802. La seconde, portant sur les années 1803 et 1804, sera publiée très prochainement.

1800.

7 février. Le manège sera ouvert tous les jours ; les élèves seront divisés en 3 classes, 1ère, 2e, 3e. La 1ère sera composée des hommes qui montent le mieux à cheval ; ces hommes monteront pendant quelques jours les chevaux de remonte. La 2e sera composée des hommes qui ont le moins besoin d’instruction, et la 3e, des hommes qui ont besoin de commencer les premiers détails. Lorsque les élèves seront familiarisés avec les premiers détails, on leur fera faire tous les mouvements du sabre à la main, les chevaux sellés et bridés.

12 février. Tous les individus qui seront employés au manège comme instructeurs, maîtres ou sous-maîtres recevront une gratification, un surtout et une paire de bottes.

9 mars. Les commandants de compagnie passeront le jour de la décade une revue extraordinaire du butin et supprimeront tout ce qui n’est pas d’ordonnance. Le cavalier ne devra avoir que 3 chemises, 3 paires de bas de bottes, 1 paire de souliers, 4 mouchoirs de poche, 2 cravates noires.

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Ce sont dans des calepins très similaires à celui-ci qu’Eugène de Beauharnais reportait l’ensemble des ordres donnés aux grenadiers et chasseurs à cheval de la Garde des Consuls – Photo SVV Thierry de Maigret.

11 mars. Le chef de brigade est instruit que certains militaires de la Garde fréquentent des lieux où se rassemblent tout ce qu’il y a de plus vil, de plus abject en femmes. Il les prévient que dans un corps semblable tout militaire doit tenir à l’honneur et que ceux qui fréquentent des lieux semblables sont indignes de rester parmi nous. Si de semblables rapports se renouvellent, il les prévient que ceux qui seront coupables et désignés pour fréquenter ces lieux seront conduits de brigade en brigade à leur ancien corps.

16 avril. Le citoyen Dièche, chirurgien, commencera demain le traitement des galeux. Il en sera formé deux chambres ; le local sera désigné par le quartier-maître. Les hommes qui sont dans le cas d’être traités se conformeront en tout aux ordres du chirurgien.

9 juillet. Les commandants de compagnie feront couper les cheveux à l’uniforme, c’est-à-dire que les faces doivent être coupées au bas de l’oreille, un peu plus court du devant ; la queue doit avoir six pouces, liée à un pouce de la tête et un pouce de cheveux en bas du ruban.

18 juillet. Il est défendu de laisser entrer aucune femme au quartier si elle n’est point mariée à quelque grenadier. Elles seront tenues d’avoir une carte signée du capitaine de la compagnie et visée par le chef de brigade.

1801.

10 janvier. Dorénavant, lorsque des militaires de la Garde voudront se marier, ils en préviendront leur chef d’arme, et celui-ci le général commandant en chef. Ces militaires seront tenus de présenter l’extrait de naissance de la personne qu’ils désirent épouser.

22 mars. L’hospice de la Garde des Consuls étant établi, les officiers de santé y enverront tous les militaires qui sont dans le cas d’y être traités. Il sera établi demain à l’hospice un poste composé d’un officier, un sergent, un caporal, 15 chasseurs et un tambour du bataillon de chasseurs. Il y aura tous les jours un capitaine de visite à l’hôpital. Il s’y rendra à 10 heures du matin, visitera les salles, s’assurera si les soins à donner aux malades leur sont administrés, si les aliments sont de bonne qualité. Il rendra compte du nombre des malades, du genre de leur maladie et des mouvements de l’hôpital pendant les vingt quatre heures de son service.

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Grenadier à cheval de la Garde des Consuls – Aquarelle originale de Poisson, préparatoire à la gravure publiée chez Jean. Photo Bertrand Malvaux.

18 avril. Le chef de brigade s’est aperçu qu’il n’existait point d’uniformité dans la tenue des sous-officier, canonniers, chasseurs et grenadiers. En conséquence, il ordonne qu’à partir du 1er floréal prochain, les sous-officiers et grenadiers porteront les cheveux du toupet coupés en brosse, les faces dites à l’avant-garde et de manière à ce que l’on voir un peu sur le devant le bout de l’oreille ; le derrière prolongé par graduation du côté de la queue qui ne pourra excéder la longueur de dix pouces. Elle sera à deux pouces de la tête, le bout des cheveux ne dépassant pas le ruban de plus d’un pouce. La rosette sera garnie d’une grenade, le ruban sera en bourre de soie ou de filoselle. Les chasseurs et les canonniers seront coiffés, pour le toupet et les faces, de même que les grenadiers ; la queue sera nu peu plus éloignée de la tête, mais elle n’excédera pas quatre pouces de ruban, le bout des cheveux ne pourra dépasser de plus de deux pouces. Il sera noué en forme de flot et sera de bourre de soie ou de filoselle. Les sous-officiers, grenadiers, chasseurs et canonniers porteront un col noir conforme au modèle qui a été adopté. Dès que le citoyen Bourdon en aura fait faire la distribution, personne ne pourra en porter d’autre. En attendant cette distribution, il est expressément défendu de sortir du quartier sans col, mouchoir ou cravate noire.

Du même jour. Les sous-officiers pourront porter des gilets blancs à un rang de boutons en toile de coton ou basin ; culotte française en nankin ; bas blancs soient fil, coton ou soie ; les souliers avec des boucles et pas trop découverts. Les bottes sont la chaussure habituelle de la cavalerie. Les chasseurs pourront porter des pantalons en nankin ; les gilets seront croisés et les culottes à la hongroise.

19 avril. Tous les jours pairs, les décades exceptées, les sous-officiers et brigadiers monteront à cheval en bride avec leurs armes, et là ils enseigneront réciproquement :

  • 1/ La position de l’homme avant de monter à cheval.
  • 2/ A monter à cheval en un temps et six mouvements.
  • 3/ La position de l’homme à cheval.
  • 4/ Faire ajuster les rênes.
  • 5/ Mettre pied à terre en détaillant les mouvements.
  • 6/ A faire défiler par la droite et par la gauche.
  • 7/ A faire l’inspection des armes, la charge, le feu et haut le sabre.

23 septembre. Le général commandant ordonne que les troupes de la Garde ne porteront plus leur uniforme que lorsqu’elles seront de service, les autres jours elles mettront leur frac.

20 novembre. Le chef de brigade ordonne que les militaires désignés pour se rendre dans leurs foyers avec des congés provisoires, n’emporteront avec eux que les effets ci-dessous désignés, savoir : 1 habit, 1 gilet uni, 1 hongroise verte, 1 pantalon de cheval, 1 paire de bottes, 1 chapeau, 1 sabre et ceinturon de l’ancien modèle sans dragonne. Le reste de leurs effets appartenant au corps, sera déposé au magasin de la compagnie.

30 novembre. Le chef s’est aperçu que plusieurs militaires trempent dans l’eau leur gilet et pantalon d’écurie pour faire passer la crudité de cet habillement. Il le défend expressément vu que cette précaution ne répond pas à la bonne intention qu’ils peuvent avoir ; elle les rétrécit singulièrement et les met dans la nécessité de ne pouvoir plus s’en servir après quelques jours.

30 décembre. A dater du 11, il sera établi à l’Ecole Militaire un atelier de réparations d’habillement. On emploiera un ouvrier tailleur par compagnie. L’adjudant-major est chargé de pourvoir à l’emplacement et surveillera particulièrement le nouvel établissement.

1802.

9 avril. Le chef de brigade a vu avec douleur que certains miliaires s’abandonnent à l’ivrognerie d’une manière aussi honteuse que préjudiciable à leur santé. Il prévient donc qu’il punira sévèrement et même qu’il provoquera le renvoi dans leur ancien corps de ceux qui, ayant ce défaut, ne s’en corrigeraient pas.

12 mai. Le grenadier Groblin s’est suicidé par des raisons d’amour ; c’était d’ailleurs un très bon sujet. C’est le second événement de cette nature arrivé au corps depuis un mois. Le Premier Consul ordonne qu’il soit mis à l’ordre de la Garde qu’un soldat doit savoir vaincre la douleur et la mélancolie des passions.

13 juin. Le corps est prévenu que le général commandant en chef passera la revue à pied en petite tenue demain matin à 10 heures au quai d’Orsay. On sonnera l’assemblée à 9 heures 30. Les chasseurs seront en surtout, gilet rouge uni, hongroise verte galonnée, bottes, coiffés du chapeau. Tous les maîtres-ouvriers sont invités à s’y trouver.

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Chasseur à cheval à la revue du 21 novembre 1802 – Aquarelle originale d’Ernest Fort, BNF.

24 juin. Plusieurs officiers se sont fait faire des redingotes avec des boutons d’étoffe et des chapeaux sans être gansés. Cette infraction aux ordres sur la tenue force le chef de les rappeler encore une fois et de défendre expressément à aucun officier de sortir après midi sans être strictement à l’uniforme.

2 juillet. L’école de natation pour les chevaux de la Garde sera établie en face du Champ de Mars. Il y aura deux bars avec deux bateliers chaque. Les chevaux seront amenés à l’eau nus et en caleçon ; on les exercera d’abord à nager séparément, ensuite on les attachera plusieurs ensemble. Lorsque les chevaux seront bien exercés on les fera monter par les meilleurs nageurs. Les nageurs se tiendront aux crins. Le cheval sera toujours conduit en caleçon et tournera autour des bars. A la 3e leçon, les chevaux seront montés nus et en bridon. A la 4e leçon on leur fera passer la rivière de la même manière. A la 5e leçon, ils seront sellés et bridés et on leur fera passer la rivière.

10 juillet. Les hommes trouvés mal tenus seront envoyés aux inspections de la Garde, jusqu’à ce qu’ils soient jugés et corrigés de ce défaut. Les militaires qui se négligent à la manœuvre seront envoyés au peloton d’instruction  jusqu’à la manœuvre suivante.

20 août. Les escadrons d’élite pour la natation seront demain à 6 heures du soir dans la cour du quartier Bonaparte, les hommes seront en bonnet de police, gilet et pantalon de treillis ; les officiers en bonnet de police, pantalons et gilets de nankin. Les souliers seront attachés aux jambes avec des cordons, les chevaux seront en bridon d’abreuvoir et selle nue.

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Sabretache des chasseurs à cheval de la Garde des Consuls – Dessin de Jacques Hilpert.


22 novembre.
 
Le chef de brigade a été très mécontent de la revue de propreté d’hier. Les fourniments n’étaient pas du même blanc, les gibernes des sous-officiers n’étaient pas propres ; les chasseurs étaient mal cravatés ; les sabretaches étaient placées sans uniformité. Il ordonne aux commandants des compagnies de faire assujettir les sabretaches à nu pied de terre, de faire cravater les chasseurs de manière que le menton sorte de la cravate.

22 décembre. Le chef de brigade ordonne qu’à compter de ce jour les bottes de la troupe seront cirées à la cire forte, soit pour la parade, revue à pied ou à cheval, soit enfin pour toute espèce de service.

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