1789-1815 : Lettres de guerre

Marinet, aide-de-camp originaire de Gex.

aide de camp gravure RévolutionDans cette lettre du 22 fructidor an II, Jean-Charles François André Marinet s’adresse à sa mère, Madame Millet. Native de Gex, cette dernière est alors retirée à Saint-Claude, dans le Jura. Notre homme sert, lui, comme adjoint à l’adjudant-général Ney depuis le 1er prairial an II. Néanmoins, blessé par un éclat d’obus à la tempe gauche à la bataille de Fleurus, il est en convalescence à l’époque où il rédige cette missive.

 

Givet, ce 22 fructidor, l’an 2e de la République

J’ai reçu, ma chère mère, la modique somme de 200 que vous m’avez envoyé dans la lettre de votre mari. Je pense que vous avez oublié que mes rentes ne m’ont point été payées depuis près de trois ans. Il est malheureux que mon éloignement me fasse ainsi souffrir. Je n’attribue cependant pas cette nouvelle manière d’agir à votre justice et à votre bon cœur que je connais. J’espère que vous m’enverrez encore à l’adresse que je joins ici. Ma maladie que j’ai m’occasionne une dépense qui ma forcé de vous faire cette 2e demande. J’étais presque guéri mais une fièvre occasionnée par le mauvais air de l’hôpital me retient plus longtemps que je voudrais et je vois avec peine que j’ai encore un mois à rester ici jusqu’à mon rétablissement. D’après l’avis des médecins, je suis sorti de l’hôpital pour me faire soigner dans une chambre en ville, afin d’éviter une troisième maladie. Si vous ne perdez pas du temps à m’envoyer l’argent que je vous demande, vous pourrez me l’adresser à Givet et cet arrangement me conviendrait beaucoup plus.

J’embrasse de tout mon cœur mes sœurs Diere et Marianne, et croyez moi votre affectionné fils.

Marinet, aide-de-camp du général commandant la cavalerie. Armée de Sambre-et-Meuse – Où à l’hôpital, à Givet

 

Lego de Lapommerais, un vélite breton aux grenadiers à cheval de la Garde Impériale.

Grenadier à cheval Lucien RousselotNé le 19 juillet 1786 à Saint-Malo-de-Fity, Félix Pierre Pudent Lego de Lapommerais entre aux vélites des grenadiers à cheval de la Garde le 12 février 1806. Sous-lieutenant à la suite du 1er régiment de cuirassiers le 25 mars 1809, il devient lieutenant le 31 juillet 1811. Chevalier de la Légion d’honneur le 11 octobre 1812, le général Lefebvre le choisit comme aide-de-camp cinq jours plus tard. Lego de Lapommerais réintègre son régiment le 2 mars 1813. Mis aux arrêts le 16 mai 1815, il est admis aux dragons de la garde royale le 15 novembre.

Le 9 septembre 1807, il écrit à un de ses amis depuis Hoya :

(…) Si tu me rencontrais dans ce moment, tu me trouverais un peu blême, car on ne sort pas de l’hôpital avec un teint de rose. Moi qui ai si bien soutenu les privations, les fatigues, toutes les misères enfin de la campagne, je m’avise de tomber malade au moment heureux de retourner en France. C’est à Hanovre que je suis entré à l’hôpital. C’était bien le plus charmant. On y brûlait autant d’encens en un jour que le curé de Chateauthebaud. La veille avant de quitter Hanovre, je vois écrit au coin d’une rue : Le roi Ormuz, opéra en quatre actes. L’heure indiquée sur l’affiche approchait, nous allons prendre nos places et trouvons une salle du meilleur genre. Nous en fîmes compliments à un bourgeois parlant fort bon français, qui nous répondit : ‘Ne nous en attribuez pas la gloire, c’est le goût français qui y a entièrement présidé pendant que le maréchal Mortier commandait à Hanovre’. A la fin du second acte, nous allons souper. Nous étions adossés contre une loge ou était la plus jolie petite famille conduite par les deux plus jolies petites gouvernantes françaises qu’on puisse voir. Mais nous partions le lendemain. En rentrant au logement, mon ami, tout chauffé des charmes de nos belles, tout chagrin de les avoir quittés, se consola avec la femme de chambre de la maison, pendant que j’amusais par mes contes la vieille maîtresse qui nous attendait pour souper. Il la resserre dans un coin, elle se défend. Enfin elle lui promet d’aller partager sa couche mais nous ne fûmes point troublés dans notre sommeil. La p… ne vint point ; car tu sauras qu’en principes militaires, toute femme qui refuse la chose est une p… et tout paysan qui cache prudemment sa bourse ou ce qu’il a de plus précieux est un fieffé scélérat. 


Bibliographie.

  • Charrié, Pierre, Lettres de guerre, 1792-1815, Editions du Canonnier, 2014.
  • Croyet, Jérôme, Paroles de grognards, 179-1815, Editions Gaussen [à paraître en juin 2016].